Haut Potentiel, neuro-atypique ou le sentiment d’ĂȘtre diffĂ©rent

Le haut potentiel (HP).

Caractéristiques du haut potentiel :

Le Haut Potentiel dĂ©finit une intelligence, non pas « supĂ©rieure », mais qui permet plus rapidement (2 Ă  2 fois et 1/2 plus rapide par rapport Ă  un sujet tĂ©moin) de faire des liens entre les choses (entre une situation, une parole, …etc.) et son stock de mĂ©moire.

Autrement dit, les pensĂ©es font l’objet de transmission de liens trĂšs rapides, dits en « arborescence » . Une idĂ©e engendrant une multitude d’autres idĂ©es.
Alors que le mode de pensée chez la plupart des personnes serait plutÎt « linéaire ».

Paradoxalement, le fonctionnement en arborescence peut aussi engendrer une lenteur, car il peut dévier la personne de sa tùche initiale.

Une différence « en dehors de la norme ».

En premier lieu, il est important de dire que le « haut potentiel » n’est pas synonyme de « supĂ©riorité » mais de diffĂ©rence, à la fois quantitative et qualitative, du fonctionnement cognitif, affectif et/ou sensoriel.

Evidemment, tout le monde est différent et notre différence constitue notre richesse.

Mais il s’agit ici d’une diffĂ©rence « en dehors de la norme ». C’est-Ă -dire en dehors de la moyenne, de la majoritĂ© de la population.

Loi normale ou courbe de Gauss.

En sciences humaines, on observe souvent des distributions plutÎt symétriques, avec une forme de cloche, qui dessinent une courbe appelée Loi normale (ou courbe de Gauss).
Au milieu de la courbe on retrouve le plus grand nombre, et à chaque extrémité une minorité.
Loi normale

Par exemple, lorsque nous apercevons une personne qui mesure entre 1m60 et 1m85, cela ne retient pas notre attention, car nous avons l’habitude de ces diffĂ©rences.
En revanche, lorsque nous croisons une personne qui fait 1m40 ou 2m, cette diffĂ©rence nous interpelle car elle n’est pas habituelle pour nous.
La taille des portes, la hauteur des miroirs, la longueur des lits sont rarement adaptés au « trÚs » grandes personnes. Celles-ci doivent sans cesse se baisser pour se mettre à la hauteur de la taille « standard ».

La norme est susceptible de changer.
RĂ©cemment, les courbes de croissance des enfants ont Ă©tĂ© refaites, parce que trop d’enfants « sortaient » des courbes.

« Neuro-typiques » et « neuro-atypiques ».

Haut potentiel neuro-atypique

Aujourd’hui, certains parlent de personnes « neuro-typiques » ou « neuro-atypiques ».

Il semble logique de penser que les « neuro-atypiques » sont nommés ainsi car en nombre minoritaire.
Et que les « neuro-typiques » représentent en fait le plus grand nombre.

Ainsi, les « neuro-typiques » se situeraient au centre de la courbe, et les « neuro-atypiques » à chaque extrémité.

Force ou faiblesse ?

Le terme « Haut Potentiel » est probablement mal choisi. De mĂȘme que les termes « prĂ©cocité », « surdouance » et « zĂšbre » (pour dire « ni cheval ni Ăąne »).
En effet, ils laissent penser que la personne serait dotée de capacités « exceptionnelles ». Alors que statistiquement le « haut potentiel » serait plus à risque de complications que de profit.

Le choix de ces termes viendrait du fait que ce fonctionnement singulier a d’abord Ă©tĂ© observĂ© chez des personnes ayant un rĂ©sultat au test de QI plus Ă©levĂ© que la moyenne.
Mais il s’agit d’un fonctionnement qui dĂ©passe le test de QI. Aussi, le QI ne serait pas toujours plus Ă©levĂ©. Il peut aussi ĂȘtre hĂ©tĂ©rogĂšne.
C’est ainsi que certains auteurs diffĂ©rencient ce qu’ils appellent le « haut potentiel intellectuel » oĂč le QI serait supĂ©rieur Ă  la moyenne (HPI) du « haut potentiel Ă©motionnel » lorsque le QI est dit normal (HPE).

Ainsi, « haut » serait Ă  entendre au sens d’ « excessif » et « potentiel » comme les « capacitĂ©s ET incapacitĂ©s » particuliĂšres d’une personne.

 

Le sentiment de différence.

La grande caractĂ©ristique des personnes dites Ă  « haut potentiel », c’est de se sentir ne pas ĂȘtre comme les autres, d’ĂȘtre trop diffĂ©rent, d’ĂȘtre trop en dĂ©calage, d’ĂȘtre « à part ».
Soit parce que la personne elle-mĂȘme perçoit qu’elle n’est pas « en phase » avec le monde qui l’entoure. Soit parce que c’est ce qu’a tendance Ă  lui renvoyer son entourage.

Ainsi, la personne peut exprimer un sentiment d’incomprĂ©hension.
Elle se sent souvent incomprise et/ou elle a le sentiment de ne pas comprendre les autres.

Cette trop grande diffĂ©rence peut engendrer des problĂšmes d’adaptation comportementale et relationnelle, qui risquent de faire souffrir la personne.
En effet, la personne perçoit ses propres difficultĂ©s d’intĂ©gration sociale, ce qui peut engendrer une altĂ©ration de l’estime de soi.

Ainsi, on retrouve l’expression d’une auto-dĂ©valorisation frĂ©quente chez les personnes prĂ©sentant un « haut potentiel ».
D’une part du fait de la conscience des limites de leur intelligence caractĂ©ristique du « haut potentiel ». D’autre part du fait du vĂ©cu de dĂ©calage.

Le « faux self » :

Cependant, les difficultĂ©s d’intĂ©gration ne sont pas toujours prĂ©sentes ou visibles.
En effet, certaines personnes ayant un « haut potentiel » font preuve de conformisme.

« Self » signifie « Soi » en Anglais.
Le « faux self » (DW Winnicott) rĂ©sulte de l’adaptation de sa personnalitĂ© aux attentes de l’environnement, au dĂ©triment de ses besoins, envies et ressentis propres (qui se trouvent alors dĂ©niĂ©s).

La personne, souvent pour Ă©viter le rejet, se moule aux attentes de l’environnement, agit par imitation, parfois au prix de se rendre elle-mĂȘme invisible et de passer inaperçue.

Ainsi, lorsque le fonctionnement en « faux-self » devient omniprĂ©sent, il risque d’Ă©touffer la personnalitĂ© spontanĂ©e et authentique (le « vrai self ») de la personne.

« Trop, trop et encore trop !!! »

Ce que, Ă  juste titre, peut ressentir et percevoir l’entourage c’est du « trop », de l’excĂšs.

Et ce « trop », il peut ne pas le comprendre. Et, comme il ne le comprend pas, il pourrait le juger comme indésirable.
En effet, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, l’ĂȘtre humain a tendance Ă  interprĂ©ter sa propre incomprĂ©hension comme un signe que l’autre a « un problĂšme », qu’il n’est « pas comme il faut », qu’il doit « changer », ou « faire un effort ».

Et cela d’autant plus que l’entourage voit la personne en face de lui souffrir, en dĂ©tresse.
Car ce fonctionnement dans l’excĂšs n’est pas dĂ©pourvu d’inconvĂ©nients et de souffrance potentielle pour la personne elle-mĂȘme.
La perception d’une souffrance ne peut que conforter l’entourage dans l’idĂ©e qu’il y a effectivement bien un problĂšme, que la personne doit changer pour arrĂȘter de souffrir.

Le fonctionnement cognitif et affectif peut donc ĂȘtre identifiĂ© comme trop particulier, trop « étrange » aux yeux d’autrui.
Par exemple, la personne peut ĂȘtre vue comme « torturĂ©e », « trop compliquĂ©e », « trop sensible ».

Ainsi, l’entourage est susceptible, du fait de son impuissance face Ă  une comprĂ©hension qui lui Ă©chappe, de rĂ©agir par de l’indiffĂ©rence qui frĂŽle l’ignorance, ou bien par de l’agacement, voire par du rejet.
Il peut aussi, en voulant apporter son aide, avoir tendance Ă  essayer de « corriger » le comportement de la personne. En lui disant, par exemple, que sa façon de faire n’est pas la bonne ou bien « ne sert Ă  rien ».

L’altĂ©ration de l’estime de soi.

Du fait de sa propre perception et/ou du renvoi par l’entourage de cette trop grande diffĂ©rence, la personne Ă  « haut potentiel » peut dĂ©duire qu’elle est « à cĂŽtĂ© de la plaque », a « un problĂšme », est « bizarre », parfois mĂȘme est « folle ».

A l’extrĂȘme, le vĂ©cu de dĂ©calage peut engendrer le sentiment de ne pas ĂȘtre lĂ©gitime et/ou de ne pas avoir sa place. LĂ  maintenant et ici sur Terre, d’ĂȘtre « un extraterrestre » et/ou « hors du temps » . Comme si elle appartenait Ă  une autre planĂšte ou Ă  une autre Ă©poque.

Ainsi, du fait d’un sentiment d’appartenance dĂ©faillant, c’est le sentiment d’identitĂ©, parfois mĂȘme le sentiment d’existence, qui peut ĂȘtre atteint.

Lorsque la personnalitĂ© authentique ne peut pas s’exprimer, soit parce que la personne ne se sent pas lĂ©gitime, soit parce que le « vrai self » est asphyxiĂ© par le « faux self », cela peut engendrer ou renforcer un sentiment de vide, de solitude, d’angoisse, voire de dĂ©pression.

 

Identification du haut potentiel :

Inné ou acquis ?

Le « haut potentiel » ne serait pas considéré comme une pathologie psychiatrique, mais comme une façon innée singuliÚre de réfléchir et de percevoir le monde.
On ne pourrait donc pas à proprement parler de « diagnostic ».

Cependant, il pourrait ĂȘtre aussi un mĂ©canisme de dĂ©fense dĂ©veloppĂ© ou favorisĂ© en rĂ©action Ă  un dĂ©faut du « pare-excitation », en rapport avec des besoins affectifs primaires de sĂ©curitĂ©, de protection et de rĂ©confort insatisfaits.
Soit parce que ces besoins innĂ©s sont plus intenses que la moyenne et/ou parce que l’entourage n’a pas pu y rĂ©pondre de façon suffisante.

Le « pare-excitation ».

Le « pare-excitation » a une fonction de protection de l’organisme contre les excitations en provenance du monde intĂ©rieur (sensations et Ă©motions : comme la faim, la fatigue, la tristesse, l’angoisse, etc.) et du monde extĂ©rieur (stimuli sensoriels : comme le bruit, la lumiĂšre, etc.) qui, de par leur intensitĂ©, risqueraient de le dĂ©truire.
Au dĂ©part, cette fonction est assurĂ©e par les adultes qui s’occupent de l’enfant.
Plus tard, elle agit comme une barriĂšre entre le dedans et le dehors filtrant passivement les excitations et permettant ainsi de protĂ©ger l’organisme contre les excitations internes et externes.

Le pare-excitation aurait donc une fonction d’enveloppe protectrice.

Le dĂ©faut du pare-excitation peut engendrer une « surexcitation » (ou hyperstimulabilitĂ©), un ressenti d’agression (ou hypersensibilitĂ©), mais aussi un sentiment de vide, de manque affectif Ă  combler.

En mĂȘme temps que le fonctionnement « haut potentiel » pourrait permettre de remplir un sentiment de vide, il serait susceptible de le creuser.
En effet, s’il engendre un sentiment d’inadaptation ou une sur-adaptation en « faux self », les besoins affectifs d’Ă©coute, de comprĂ©hension et de soutien demeurent fondamentalement insatisfaits.
D’autant plus que l’entourage peut se retrouver complĂštement dĂ©muni, dans l’impossibilitĂ© de rĂ©pondre de façon adaptĂ©e, face Ă  un fonctionnement qui lui paraĂźt trop Ă©tranger, incomprĂ©hensible, car trop intense.

Un fonctionnement cognitif, affectif et sensoriel « au delà de la norme ».

Le « haut potentiel » serait défini par un fonctionnement quantitativement « trop » excessif et qualitativement « trop » singulier des capacités et incapacités intellectuelles et/ou émotionnelles et/ou sensorielles.

Il serait lié à une acuité intellectuelle, émotionnelle et/ou sensorielle particuliÚre.
Et se traduirait par une sensibilitĂ© accrue, un besoin incessant de stimulation, un besoin insatiable d’ĂȘtre nourri, une recherche du « toujours plus » et du « toujours plus loin » , voire de l’extrĂȘme, de l’atteinte de ses propres limites.

C’est comme si la personne ne sentait pas ses limites (intellectuelles, Ă©motionnelles et/ou corporelles) et avait besoin de s’y confronter, peut-ĂȘtre, pour se sentir exister.

On comprend alors pourquoi ce fonctionnement peut ĂȘtre source de forces, mais aussi de faiblesses.

C’est ce fonctionnement particulier qui sera abordĂ© lors des consultations.
Il n’est pas obligatoire de rĂ©aliser des tests neuropsychologiques pour identifier le haut potentiel. On les demandera Ă©ventuellement en cas de doutes.

« Co-morbidités » psychiatriques.

La perception de cette diffĂ©rence, sans la comprendre, pourrait favoriser l’apparition ou l’expression de certaines pathologies psychiatriques et/ou neuro-dĂ©veloppementales.

Ces pathologies pourraient ĂȘtre favorisĂ©es par l’existence d’un dĂ©calage trop grand entre les exigences de l’environnement et les capacitĂ©s de la personne.
Elles pourraient rĂ©sulter d’une sur-adaptation engendrant un fonctionnement en « faux-self » excessif. Ou bien d’une dĂ©compensation (Ă©chec ou Ă©puisement de la tentative d’adaptation) face Ă  des exigences insurmontables.

En effet, on repÚre des « co-morbidités » fréquentes avec le Haut Potentiel, comme par exemple le TDAH.
Par ailleurs, l’altĂ©ration de l’estime de soi peut engendrer une dĂ©compensation anxio-dĂ©pressive, et la sur-adaptation un « burn-out ».

 

Principaux signes cliniques du haut potentiel :

Vécu de décalage avec autrui +++.

La personne se sent diffĂ©rente et est gĂ©nĂ©ralement capable de l’Ă©noncer.
L’enfant ne s’en rend pas toujours compte. C’est parfois l’entourage enseignant qui interpelle les parents.
C’est souvent au cours de l’adolescence, Ă  partir du collĂšge ou du lycĂ©e, que la personne prend conscience de sa diffĂ©rence. Mais cela peut aussi ĂȘtre avant, Ă  l’Ă©cole primaire.

Certaines personnes Ă  « haut potentiel » sont capables de conformisme, afin de satisfaire le sentiment d’appartenance au groupe.
Mais, parfois, au prix de ne plus se sentir elles-mĂȘmes, lorsque le « faux-self » a pris toute la place.
La personne peut alors exprimer le sentiment d’ĂȘtre un « camĂ©lĂ©on », un « imposteur », de porter « un masque ». Ainsi que la peur d’ĂȘtre « dĂ©masquĂ©e ».

D’autres sont solitaires et vont entretenir peu de relations avec les autres.

D’autres encore vont ĂȘtre dĂ©rangĂ©es par le sentiment d’ĂȘtre « autarcisĂ©e ».

Enfin, certains sont trĂšs bien adaptĂ©s, lorsqu’un Ă©quilibre entre leurs besoins et les attentes de l’entourage a pu se crĂ©er.

Intelligence dite en « arborescence ».  

Un cerveau en « ébullition » perpétuelle. 
Les pensĂ©es fusent et dĂ©filent sans relĂąche. La personne passe d’une idĂ©e Ă  une autre sans pouvoir s’arrĂȘter. Elle se pose beaucoup de questions et de façon incessante.
Autrement dit, l’activitĂ© mentale ne connait pas de repos.

Une curiositĂ© extrĂȘme.
La personne manifeste une curiosité insatiable et veut toujours savoir le pourquoi de tout.
On peut retrouver Ă©galement des engouements passionnels. Par exemple, le dĂ©veloppement d’un passion pour les planĂštes et les astres.

Une quĂȘte de sens et de « vĂ©rité ». 
La personne a besoin de « tout » comprendre : elle-mĂȘme, les autres, le monde et l’univers.
Ainsi, elle a tendance Ă  rechercher la complexitĂ©, Ă  avoir le souci du dĂ©tail et Ă  faire preuve d’un perfectionnisme forcenĂ©.

Cette activitĂ© cĂ©rĂ©brale foisonnante a tendance Ă  Ă©puiser l’entourage qui n’arrive pas Ă  suivre.
La personne est alors souvent perçue comme « pénible », ou du moins « fatigante ».

Constamment confrontée aux doutes de soi. 

La personne est toujours prĂȘte Ă  se dĂ©valoriser et demande Ă  ĂȘtre rassurĂ©e.
Ce besoin de rĂ©assurance peut se manifester, en particulier chez les enfants et adolescents, au travers d’une quĂȘte insatiable d’attention.

A noter qu’une personne avec un « haut potentiel », en gĂ©nĂ©ral, ne se vante pas.
En effet, elle est consciente et constamment confrontée aux limites de son intelligence.

Précocité et facilités dans les apprentissages. 

Ces facilités ne seraient finalement pas constamment présentes.

Notamment, pour l’apprentissage de la lecture et du calcul, l’enfant peut avoir appris avant qu’on l’y invite.
A l’inverse, il peut rencontrer des difficultĂ©s pour l’Ă©criture. Comme si « le cerveau allait plus vite que la main ». Ces difficultĂ©s pourraient aller jusqu’Ă  la dysgraphie.

Ses facilitĂ©s remarquables peuvent engendrer une peur panique de l’Ă©chec, si l’enfant n’est pas suffisamment encouragĂ© Ă  surmonter des difficultĂ©s.
En effet, le jour oĂč les difficultĂ©s surviendront, la personne risque de se bloquer, si l’Ă©chec est vĂ©cu comme une humiliation.
Par peur anticipĂ©e d’Ă©chouer, la personne risque alors de ne plus ĂȘtre en mesure de rĂ©ussir.

Combien d’enfants ayant des facilitĂ©s ont eu comme apprĂ©ciation sur leur bulletin « a des capacitĂ©s, peut mieux faire ! ».
On pense souvent, Ă  tort, qu’il faut encourager l’enfant au sens de l’effort.
Or, ce n’est pas une question de manque d’effort mais d’une peur de l’Ă©chec.
Ce que les patients, enfants et adultes, rapportent c’est le sentiment de dĂ©cevoir ou d’avoir déçu leur entourage. Car seule la « rĂ©ussite » est valorisĂ©e.
Il est alors moins risquĂ© de continuer Ă  croire en ses hypothĂ©tiques capacitĂ©s que de travailler et d’ĂȘtre confrontĂ© au fait que l’entourage s’est trompĂ© !

La prĂ©cocitĂ© se traduit Ă©galement dans le fait que l’enfant s’adresse de façon privilĂ©giĂ©e Ă  des plus ĂągĂ©s.

Une hypersensibilité émotionnelle. 

Des Ă©motions intenses.
Les Ă©motions, positives et nĂ©gatives, ont tendance a ĂȘtre ressenties plus intensĂ©ment que la moyenne.
Aussi, la personne a tendance Ă  passer de l’une Ă  l’autre, parfois brutalement.
Ainsi, la joie, la colĂšre, la tristesse, l’angoisse peuvent ĂȘtre Ă©prouvĂ©es tour Ă  tour et de façon trĂšs intense.

Une empathie hors norme et des difficultés dans la gestion des émotions.
La personne a tendance Ă  prendre en charge les autres, y compris lorsqu’on ne lui a rien demandĂ©.
Vraie Ă©ponge, elle risque dĂšs lors des surcharges Ă©motionnelles. Cela peut la conduire Ă  de vĂ©ritables « explosions » Ă©motionnelles, qui dĂ©concertent l’entourage.

Un grand sens de la justice, de la moralitĂ© et de l’Ă©quitĂ©.
On retrouve une frĂ©quente intolĂ©rance Ă  toute forme d’injustice, que ce soit pour soi-mĂȘme ou pour les autres.
On peut également retrouver une difficulté à supporter un cadre trop normatif ou restrictif, ou une autorité refusant de se remettre en question.

La personne peut ĂȘtre identifiĂ©e comme « se passant pour une victime » ou comme une « faiseuse de drame ».
Souvent perçue comme « agaçante », car capable de mettre autrui en difficulté.

Enfin, on peut Ă©galement retrouver chez l’enfant une apprĂ©hension prĂ©coce de la reprĂ©sentation de la mort.

Un Ă©moussement affectif.

Mais, Ă  l’inverse, on peut Ă©galement retrouver une anesthĂ©sie affective.
La personne peut exprimer une difficultĂ© Ă  identifier ses Ă©motions et celles d’autrui. Et peut alors avoir tendance Ă  utiliser le « canal » intellectuel pour tenter d’identifier les Ă©motions chez l’autre.
Cela peut s’expliquer par un « faux-self » qui s’est construit en dĂ©niant les Ă©motions ressenties. En effet, Ă  force d’Ă©touffer ses Ă©motions, la personne devient incapable de les identifier.
Une anesthĂ©sie affective peut aussi ĂȘtre liĂ©e Ă  un sentiment de vide qui ne parvient pas Ă  ĂȘtre comblĂ© et/ou Ă  un syndrome dĂ©pressif.

Aussi, on peut retrouver l’expression d’une apparente indiffĂ©rence.
Une personne avec un « haut potentiel » peut parfois renvoyer de l’indiffĂ©rence, mais qui n’en ai pas vraiment une.
Cette apparente indiffĂ©rence paraĂźt ĂȘtre une dĂ©fense face Ă  un sentiment de gĂȘne Ă©prouvĂ©e dans la relation, ou bien ĂȘtre liĂ©e Ă  un dĂ©crochage de l’attention, ou bien encore ĂȘtre le rĂ©sultat d’un refuge dans une « bulle » identifiĂ©e comme une « safe zone ». Et possiblement les trois Ă  la fois.

Une hypersensibilité sensorielle. 

Une hyperesthésie aux stimulis visuels, auditifs, olfactifs, gustatifs, et/ou au toucher.
Les stimuli sensoriels peuvent engendrer un sentiment d’agression, d’envahissement insupportable pour la personne.
Ce qui peut alors conduire Ă  une « saturation » et Ă  des rĂ©actions vives, souvent incomprises de l’entourage.

Une hyperstimulabilitĂ©, c’est-Ă -dire une recherche de stimuli sensoriels :
Recherche de sensations corporelles +/-intenses, recherche active de contact, agitation psycho-motrice, troubles du comportement alimentaires (TCA), …etc.

Il pourrait s’agir du corollaire au niveau moteur de l’hyperstimulation cĂ©rĂ©brale.

L’activitĂ© psycho-motrice dĂ©bordante, elle aussi, Ă©puise l’entourage.
Du fait de ce dĂ©bordement d’Ă©nergie, l’enfant en particulier, mais aussi l’adulte, est ici aussi souvent perçu comme « usant ».

Troubles du développement psychomoteur. 

MĂȘme si le dĂ©veloppement psychomoteur peut ĂȘtre prĂ©coce au dĂ©part, il a tendance Ă  ĂȘtre en dessous de la norme.

La personne peut se sentir mal Ă  l’aise dans son corps, avec des difficultĂ©s psycho-motrices plus ou moins importantes et invalidantes.

Elle peut exprimer la sensation de ne pas bien habiter son corps.
Ou bien percevoir son corps comme un (corps) Ă©tranger, comme s’il Ă©tait dissociĂ©, c’est-Ă -dire « dĂ©connecté » de son esprit.
Aussi, elle peut se percevoir et/ou ĂȘtre perçue comme « maladroite » et/ou « brusque ».

A l’extrĂȘme, parfois s’installe une dyspraxie.

Enfin, on peut également retrouver une hypotonie ou une hypertonie musculaire, parfois majeure.
L’hypertonie semble ĂȘtre une carapace protectrice face Ă  des stimuli perçus comme des agressions.
Elle pourrait aussi correspondre au niveau du corps au masque défensif du « faux-self ».

Un besoin de contrĂŽle et de maĂźtrise.

Le besoin de contrĂŽle ou de maĂźtrise parait ĂȘtre un moyen de protection rassurant face aux angoisses engendrĂ©es par le dĂ©faut du pare-excitation et par le manque de rĂ©ponse satisfaisant les besoins affectifs de sĂ©curitĂ©.

Comme s’il permettait une auto-suffisance.
En effet, si je maĂźtrise « tout », cela me rassure en me donnant l’illusion que je ne dĂ©pends plus que de moi-mĂȘme.

Ce besoin peut se manifester par exemple au travers d’une rĂ©sistance aux changements, d’une intolĂ©rance aux imprĂ©vus et/ou de l’installation de rituels +/-rigides.

 

Vers un « QI » plus élevé ?

Il parait logique qu’un fonctionnement en arborescence entraĂźnant une « soif » d’apprendre, une curiositĂ© insatiable, et parfois des facilitĂ©s Ă©tonnantes, soit propice Ă  dĂ©velopper un savoir et des connaissances qui feront « grimper » les rĂ©sultats au test de QI.

Le « QI » élevé serait une des conséquences du fonctionnement « Haut Potentiel » mais qui ne serait en fait pas toujours présente.

Ainsi, le fonctionnement en arborescence n’implique pas forcĂ©ment un rĂ©sultat au test de QI au-delĂ  de la norme.
Notamment, l’inhibition anxieuse de la peur de l’Ă©chec et/ou le dĂ©crochage de l’attention peut fortement perturber ces mesures.

 

Vers le TDA-H ?

DĂ©crochage de l’attention.

Ce besoin d’ĂȘtre constamment nourri, stimulĂ©, peut ĂȘtre Ă©galement Ă  l’origine de « dĂ©crochages » de l’attention quand la personne se trouve insuffisamment stimulĂ©e.
Probablement parce qu’elle est dĂ©jĂ  partie « ailleurs ». Son attention s’est dĂ©tournĂ©e du sujet initial.
Tout se passe alors comme si l’esprit vagabondait d’idĂ©e en idĂ©e, reliĂ©es par des liens infimes. C’est ce que l’on appelle aussi passer « du coq-Ă -l’Ăąne ».

Il peut ĂȘtre en effet compliquĂ© d’ĂȘtre Ă  la fois « sur la ligne » (flĂšche horizontale sur le dessin qui reprĂ©sente le fonctionnement dit linĂ©aire) et « dans l’arbre » (fonctionnement en arborescence).

Ce dĂ©crochage de l’attention peut donner l’impression Ă  l’interlocuteur que la personne n’est pas investie, ne fait pas d’effort, est « dans sa bulle », « à l’ouest », « lunaire », ou bien encore « n’a pas les pieds sur Terre ».

Aussi, parfois, la personne rapporte devoir fournir un effort, qui peut ĂȘtre trĂšs intense, voire douloureux, pour maintenir sa concentration sur la tĂąche demandĂ©e ou le sujet en cours.

Haut potentiel et trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité.
Fonctionnement en arborescence vs linéaire.
« Envol » de la pensĂ©e et dĂ©crochage de l’attention.

Lenteur et fatigabilité.

Aussi, le fonctionnement en arborescence peut provoquer des « dĂ©tours » multiples de la pensĂ©e, un dĂ©passement du cadre de la consigne, pouvant ĂȘtre Ă  l’origine d’une lenteur et d’une fatigabilitĂ©.

C’est un peu comme si on comparait en voiture un trajet Lille – Paris en passant par l’A1, c’est-Ă -dire le trajet direct (200km parcourus), Ă  un trajet qui part explorer toutes les petites routes de campagne de la rĂ©gion Haut-de-France parce que ces petites routes semblent plus intĂ©ressantes les unes des autres (avec, par exemple, au total plus de 800km parcourus).
Le premier sera le plus rapide et le plus économique. Le second sera plus lent et coûteux en énergie.

 

Le syndrome d’Ă©puisement : « burn-out » et « bore-out ».

Atteinte des limites et situation du « burn-out ».

On peut retrouver une tendance du fonctionnement « haut potentiel » Ă  aller rechercher l’atteinte des limites psychiques (intellectuelles et/ou Ă©motionnelles) et/ou physiques (corporelles ou sensorielles), et donc un Ă©ventuel risque de « burn-out » ou syndrome d’Ă©puisement.
Ce « burn-out » peut se traduire par une dĂ©compensation psychiatrique. Diverses formes cliniques peuvent s’observer, jusqu’Ă  des formes d’allure psychotique.

C’est comme si, parce qu’Ă  force de tourner Ă  plein rĂ©gime, le cerveau finissait par « bugger », un peu comme le principe de la sur-tension et du court-circuit.

Si nous prenons l’exemple d’une voiture, peut importe que le moteur aille jusque 180 ou 250km/h (limites du moteur), puisque nous sommes censĂ©s rouler au maximum Ă  130 km/h (limitation de vitesse).
Si nous roulons toujours au maximum de la capacitĂ© du moteur, nous risquons de l’endommager gravement.

Or, du fait du fonctionnement « haut potentiel » en mode « toujours plus », l’atteinte des limites de la personne peut se retrouvĂ©e dĂ©passĂ©e.

Haut potentiel et burn-out.
Atteinte des limites : situation du « burn-out ».

Le « bore-out » ou syndrome d’Ă©puisement par l’ennui.

A noter qu’une personne avec un « haut potentiel », en gĂ©nĂ©ral, ne se plaint pas d’ennui.
En effet, si elle s’ennuie, la personne va spontanĂ©ment rechercher Ă  s’auto-stimuler, par exemple en partant dans ses propres pensĂ©es. Elle pourrait aussi partir Ă  la recherche de sensations corporelles, par exemple au travers d’une agitation psycho-motrice.
Lorsque la personne verbalise une plainte d’ennui, l’ennui cache possiblement « autre chose ». Comme, par exemple, une peur de l’Ă©chec.

Cependant, si un cadre trop rigide empĂȘche la personne de se nourrir suffisamment, la personne risquer de souffrir, parfois cruellement, d’ennui.
Et cette souffrance est susceptible d’aller jusqu’au « bore-out ».

 

Vers le Trouble du Spectre Autistique (TSA) et le « syndrome d’Asperger » ?

Tout d’abord il faut savoir que l’autisme pause beaucoup de questions restĂ©es encore aujourd’hui sans rĂ©ponse.

L’autisme de Kanner.

Tout d’abord, il semble important de rappeler que l’autisme a d’abord dĂ©fini une relation au monde particuliĂšre et prĂ©cise.

Le mot autisme vient du mot « auto », pour dĂ©signer « soi-mĂȘme ».
En effet, dans l’autisme, l’autre ne semble pas exister en tant qu’autre-ĂȘtre humain. C’est-Ă -dire qu’il n’est pas reconnu comme une personne vivante et animĂ©e.

Ce qui caractĂ©rise l’autisme, c’est donc une absence ou une pauvretĂ© de l’interaction avec l’autre, qui dĂ©sole tant l’entourage.
Le dĂ©faut d’interaction se traduit essentiellement par le fait que la personne semble indiffĂ©rente Ă  son entourage, l’ignorer, dĂ©sintĂ©ressĂ©e d’Ă©tablir un contact affectif avec lui.
Ou bien, si une certaine attention Ă  autrui est portĂ©e, tout se passe comme si la personne investie ne l’Ă©tait pas dans sa totalitĂ© mais seulement de façon partielle. Comme si elle n’Ă©tait qu’un objet inanimĂ©.

Dans la psychose chronique, lorsque l’on parle de « repli autistique » chez un patient, on Ă©voque cette non-interaction avec lui.
Les patients qui ont Ă©tĂ© de passage dans les unitĂ©s d’hospitalisation oĂč sont majoritairement hospitalisĂ©s des patients psychotiques chroniques l’Ă©voquent tout particuliĂšrement.
En effet, ils les désignent comme des personnes avec qui « on ne peut pas avoir de discussion ».

La classification du DSM-5.

Aussi, il s’agit de rappeler que la classification du Trouble du Spectre Autistique (TSA) du DSM-5 a voulu regrouper dans un continuum en particulier les syndromes autistiques et les troubles envahissants du dĂ©veloppement (considĂ©rĂ©s comme des psychoses infantiles) dĂ©finis dans le DSM-4.
En effet, on a considĂ©rĂ© qu’il y avait un continuum et que les critĂšres prĂ©cĂ©demment retenus Ă©quivalaient Ă  « couper un pain de viande au niveau des articulations » .

Les TSA et le syndrome d’Asperger.

Le trouble du spectre autistique serait dĂ©fini aujourd’hui par certains auteurs par la prĂ©sence de symptĂŽme communs Ă  l’autisme de Kanner, Ă  savoir la prĂ©sence de troubles de l’interaction sociale et d‘activitĂ©s restreintes et rĂ©pĂ©titives.

Certains auteurs disent Ă©galement que les TSA se situeraient sur un continuum qui se prolonge Ă  son extrĂȘme dans la « normalité », et donc la majoritĂ©.
Pourrait-on ĂȘtre sur notre courbe de Gauss du « haut potentiel » ?

D’ailleurs, le syndrome d’Asperger (que l’on nomme alors « Aspie » pour les intimes) tend aujourd’hui pour certains Ă  ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une diffĂ©rence et non plus comme un handicap.

Aussi, la sociĂ©tĂ© a tendance aujourd’hui Ă  parler d’autisme Ă  « haut niveau de fonctionnement » , proche du « syndrome d’Asperger », et dont les limites avec ce dernier n’ont pas pu ĂȘtre clairement dĂ©finies.

Enfin, aujourd’hui, certains parlent du syndrome d’Asperger pour dire « autiste pas comme les autres autistes » . Car ces « autistes-là » seraient dans la relation.
Mais alors, serait-on toujours bien dans l’autisme ?

Ne serait-ce pas le fonctionnement en arborescence qui, de la mĂȘme façon qu’il pourrait engendrer un QI Ă©levĂ© ou un TDA-H, pourrait engendrer des symptĂŽmes autistiques, mais sans que ce soit de l’autisme Ă  proprement parler ?

Des troubles de l’interaction unilatĂ©raux ?

Il est dit que les « aspies » auraient des difficultés à reconnaßtre les émotions que ressent une autre personne selon les variations de sa voix et les expressions de son visage.
Avec, en particulier, la difficulté à percevoir la lassitude de leur interlocuteur, sa volonté de changer de sujet ou de mettre un terme à la conversation.
Ou bien leur manque de diplomatie, avec le fait qu’ils sont enclins Ă  signaler les erreurs et les faux pas sans percevoir l’embarras.

Mais est-ce que la sociĂ©tĂ© arrive, elle, Ă  dĂ©coder les Ă©motions des « aspies » ? Et, plus encore, est-ce qu’elle essaye de les prendre en compte ?

 

Haut Potentiel, TDAH et/ou Asperger = maladie, handicap, neuro-atypicité ou pathologie sociétale ?

Aujourd’hui les motifs de consultation pour une demande de « diagnostic » Haut Potentiel, TDAH et/ou Asperger reprĂ©sentent une part importante des premiĂšres demandes de consultation.
Comme l’atteste le long dĂ©lais d’attente pour obtenir un bilan dans un CRA.

Mais, on pourrait se demander si ce ne serait pas finalement la sociĂ©tĂ© qui participerait Ă  la « crĂ©ation », ou du moins Ă  la majoration, d’une souffrance en demandant Ă  une personne d’ĂȘtre ce qu’elle n’est pas.

Une étiquette revendiquée.

En consultation, un patient me rapporte : « Je n’étais pas pour les Ă©tiquettes, car je ne voulais pas ĂȘtre dĂ©fini que par une Ă©tiquette. Mais cette Ă©tiquette-lĂ , je la veux bien ! Car j’ai commencĂ© Ă  dire autour de moi que j’étais en cours de bilan diagnostic HP et/ou Asperger, et dĂ©jĂ  j’ai vu le regard des autres sur moi changer ».

Il n’est pas rare que les patients en quĂȘte de ses « diagnostics » mĂšnent en rĂ©alitĂ© une quĂȘte identitaire.
En effet, ils Ă©voquent souvent ce besoin, ce dĂ©sir, de comprendre qui ils sont, de pouvoir ĂȘtre acceptĂ©s tels qu’ils sont vraiment, de se sentir intĂ©grĂ©s dans la sociĂ©tĂ©. Car, jusque-lĂ  cela n’aurait pas Ă©tĂ© le cas.

Une quĂȘte d’identitĂ© et de lĂ©gitimitĂ©.

Si le regard des autres me demande d’ĂȘtre ce que je ne suis pas pour pouvoir faire partie des leurs, oĂč se situe alors ma place dans la sociĂ©tĂ© ?
Elle ne peut qu’ĂȘtre Ă  l’extĂ©rieur du groupe.
Or, l’ĂȘtre humain est un ĂȘtre vivant qui a fondamentalement besoin de lien social.

Se sentir acceptĂ©, avoir une place au sein du groupe, se sentir lĂ©gitime, est ce qui donne Ă  l’ĂȘtre humain LE DROIT D’EXISTER.
Ce serait donc une interdiction ou une autorisation d’ĂȘtre ou d’exister, qui serait donnĂ©e au travers du regard que la sociĂ©tĂ© porte sur nous.

Un changement radical.

Ce que l’on constate finalement, c’est que lorsque le regard des autres et de la personne sur elle-mĂȘme change, beaucoup de choses changent…
Y compris, et mĂȘme surtout, les symptĂŽmes identifiĂ©s au prĂ©alables comme « autistiques » !

Une patiente ayant interprĂ©tĂ©, Ă  partir d’un bilan qui Ă©voquait la prĂ©sence de quelques symptĂŽmes autistiques, qu’elle « était TSA » a changĂ© du tout au tout, du jour au lendemain.
Celle-ci est alors sortie brutalement de sa « zone de confort » (selon ses termes).
Elle a pris les transports en commun (train + mĂ©tro), ce qu’elle ne faisait jamais en raison de son hypersensibilitĂ© sensorielle. Elle s’est inscrite Ă  une premiĂšre formation d’un mois sur Lille. Puis, au dĂ©cours de celle-ci, elle a dĂ©mĂ©nagĂ© sur Toulouse pour participer Ă  une formation d’une annĂ©e rĂ©servĂ©e aux « TSA ».
Toutes ses dĂ©marches, elle les a effectuĂ©es d’elle-mĂȘme, sans l’aide de personne. Ce qui, au final, pourrait remettre en question le diagnostic d’autisme.

Ce qu’elle Ă©voquait, c’est de se sentir enfin acceptĂ©e et autorisĂ©e Ă  ĂȘtre elle-mĂȘme, d’ĂȘtre enfin lĂ©gitime d’exister. Alors que, jusqu’ici, elle se cachait (vĂ©cu de rejet redoublĂ© d’une auto-exclusion).
Ce changement extrĂȘmement positif a eu lieu grĂące Ă  un auto-diagnostic de TSA.

Faudrait-il donc aujourd’hui la pose d’un diagnostic pour pouvoir ĂȘtre lĂ©gitime, avoir le droit d’exister, et donc ÊTRE ?
Faudrait-il aujourd’hui « un diagnostic d’autisme pour sortir de l’autisme » ?

Qui est malade ?

On pourrait se demander si ce ne serait pas la sociĂ©tĂ© qui serait devenue plus « autiste » du fait d’une incapacitĂ© Ă  reconnaĂźtre la personne dans sa singularitĂ©, dans sa diffĂ©rence. Et donc dans sa qualitĂ© d’ĂȘtre vivant et humain. C’est-Ă -dire avec ses besoins, envies, pensĂ©es et ressentis propres, qui font qu’elle n’est pas un objet mais bien une personne.

En effet, aujourd’hui il est devenu quasiment impossible de faire appliquer au monde scolaire et professionnel des conseils et recommandations, visant Ă  permettre l’adaptation et l’intĂ©gration de l’enfant ou de l’adulte, sans passer par la case MDPH et celle du handicap.
Cette reconnaissance du handicap par la MDPH semble ĂȘtre devenue incoutournable.
Sans elle, il semblerait que l’on persiste Ă  percevoir une diffĂ©rence comme un manque de volontĂ©, et Ă  demander Ă  la personne de faire des efforts et de s’hyper-adapter !

Ne serait-il pas plus juste d’aller Ă  la rencontre de la personne avec une rĂ©elle curiositĂ© et un authentique intĂ©rĂȘt pour la dĂ©couvrir ? PlutĂŽt que de lui demander d’ĂȘtre ce que l’on imagine qu’elle devrait ĂȘtre ou de lui demander d’ĂȘtre comme nous ?
Ou bien faudra t-il continuer de passer par la souffrance, puis par le diagnostic, puis du statut de maladie Ă  celui de handicap, puis Ă  celui de neuro-atypicitĂ©, et enfin de la demande de la sortie du diagnostic prĂ©cĂ©demment revendiquĂ© de la classification des maladies (car il faut « dĂ©psychiatriser » !) si l’on veut espĂ©rer qu’une diffĂ©rence soit prise en compte ?

 

Prise en charge du haut potentiel.

Ainsi, s’il peut ĂȘtre important de repĂ©rer le fonctionnement « haut potentiel », c’est avant tout pour changer le regard de l’entourage et le regard de la personne sur elle-mĂȘme.

Il s’agit d’aborder et d’expliciter ce sentiment d’ĂȘtre diffĂ©rent et de dĂ©calage.

Il s’agit d’Ă©viter de le nier, ce que l’on peut avoir tendance Ă  faire dans l’intention de rassurer la personne.
En effet, plus que de rassurer, cela risque d’approfondir le sentiment de solitude et de dĂ©sarroi, le vĂ©cu propre de la personne demeurant incompris.

Il ne s’agit pas non plus de considĂ©rer que le « haut potentiel » suppose une vulnĂ©rabilitĂ© plus grande.
Mais de mieux identifier ses besoins pour en développer ses forces.

L’objectif est d’apprĂ©hender et d’explorer ses propres forces et faiblesses, les capacitĂ©s et incapacitĂ©s particuliĂšres de son propre potentiel, afin de pouvoir mieux se connaitre, accueillir et affirmer sa diffĂ©rence.
Et, par-lĂ , d’aussi mieux comprendre et accepter les autres dans leurs propres diffĂ©rences.

Pour l’entourage, une meilleure comprĂ©hension des besoins particuliers permettra de mieux pouvoir y rĂ©pondre de façon adĂ©quate.

 

Haut potentiel ĂȘtre diffĂ©rent
L’hyperadaptation : intĂ©grer un groupe en se conformant Ă  celui-ci.

 

Haut potentiel ĂȘtre diffĂ©rent
Un terrain commun : rencontre et accueil des différences, dans le respect de chacun.