Haut Potentiel et le sentiment d’ĂȘtre diffĂ©rent.

 

Le haut potentiel (HP).

Caractéristiques du haut potentiel :

Le Haut Potentiel dĂ©finit une intelligence, non pas « supĂ©rieure », mais qui permet plus rapidement (2 Ă  2 fois et 1/2 plus rapide par rapport Ă  un sujet tĂ©moin) de faire des liens entre les choses (entre une situation, une parole, …etc.) et son stock de mĂ©moire.

Autrement dit, les pensĂ©es font l’objet de transmission de liens trĂšs rapides, dits en « arborescence » . Une idĂ©e engendrant une multitude d’autres idĂ©es.
Alors que le mode de pensée chez la plupart des personnes serait plutÎt « linéaire ».

Paradoxalement, le fonctionnement en arborescence peut aussi engendrer une lenteur, car il peut dévier la personne de sa tùche initiale.

Une différence « en dehors de la norme ».

En premier lieu, il est important de dire que le « haut potentiel » n’est pas synonyme de « supĂ©riorité » mais de diffĂ©rences, à la fois quantitative et qualitative, du fonctionnement cognitif, affectif et/ou sensoriel.

Evidemment, tout le monde est différent et notre différence constitue notre richesse.

Mais il s’agit ici d’une diffĂ©rence « en dehors de la norme ». C’est-Ă -dire en dehors de la moyenne, de la majoritĂ© de la population.

Loi normale ou courbe de Gauss.

En sciences humaines, nous observons souvent des distributions plutÎt symétriques, avec une forme de cloche, qui dessinent une courbe appelée Loi normale (ou courbe de Gauss).
Au milieu de la courbe nous retrouvons le plus grand nombre, et à chaque extrémité une minorité.
Loi normale

Par exemple, lorsque nous apercevons une personne qui mesure entre 1m60 et 1m85, cela ne retient pas notre attention, car nous avons l’habitude de ces diffĂ©rences.
En revanche, lorsque nous croisons une personne qui fait 1m40 ou 2m, cette diffĂ©rence nous interpelle car elle n’est pas habituelle pour nous.
La taille des portes, la hauteur des miroirs, la longueur des lits sont rarement adaptées au « trÚs » grandes personnes. Celles-ci doivent sans cesse se baisser pour se mettre à la hauteur de la taille « standard ».

La norme est susceptible de changer.
RĂ©cemment, les courbes de croissance des enfants ont Ă©tĂ© refaites, car trop d’enfants « sortaient » des courbes.

« Neuro-typiques » et « neuro-atypiques ».

Haut potentiel neuro-atypique

Certains parlent de personnes « neuro-typiques » ou « neuro-atypiques ».

Les « neuro-atypiques » seraient nommées ainsi car en nombre minoritaire.
Et les « neuro-typiques » représenteraient en fait le plus grand nombre.

Ainsi, les « neuro-typiques » pourraient se situer au centre de la courbe, et les « neuro-atypiques » à chaque extrémité.

Norme et pathologie.

L’Ă©tat « pathologique » est Ă  opposer Ă  l’Ă©tat de « santé ».
La santĂ© est dĂ©finie par l’OMS comme un Ă©tat de bien-ĂȘtre complet physique, psychique et social.
Si un sentiment de mal-ĂȘtre apparaĂźt, la pathologie apparaĂźt.
L’objectif visĂ© est alors de rĂ©tablir la santĂ© en supprimant le mal-ĂȘtre. L’idĂ©e est de rĂ©tablir un sentiment de bien-ĂȘtre ou, du moins, de mieux-ĂȘtre.

Un fonctionnement en dehors de la norme signifie « en dehors de la majorité ».
S’il ne porte pas atteinte au bien-ĂȘtre, il n’est pas Ă  considĂ©rer comme un Ă©tat de mauvaise santĂ© ou de pathologie.
Il faut donc pouvoir, non pas tenter de le rĂ©duire dans l’idĂ©e de le faire rentrer dans une norme, mais au contraire le respecter.
En effet, vouloir le supprimer Ă©quivaudrait Ă  demander Ă  la personne de « s’amputer » une partie d’elle-mĂȘme.
Et c’est cette « amputation » qui risque d’entraĂźner un mal-ĂȘtre et donc la pathologie.

Cependant, un fonctionnement en dehors de la norme peut parfois ĂȘtre le tĂ©moin d’une souffrance ou bien un mĂ©canisme de dĂ©fense mis en place pour faire face Ă  un sentiment de mal-ĂȘtre.
Dans ce cas, « anormal » et « pathologie » sont intriqués et se confondent.

Un QI élevé ?

Le terme « Haut Potentiel » est probablement mal choisi. De mĂȘme que les termes « prĂ©cocité », « surdouance » et « zĂšbre » (pour dire « ni cheval ni Ăąne »).
En effet, ils laissent penser que la personne serait dotée de capacités « exceptionnelles ».
Ils classent les personnes selon des degrĂ©s hiĂ©rarchiques d’intelligence. Ils sous-entendent que certaines seraient « plus intelligentes » et d’autres « moins intelligentes ».
Or, l’intelligence est globale et ne peut ĂȘtre uniquement mesurĂ©e ou quantifiĂ©e par un seul test standardisĂ© de QI.

De plus, un QI plus élevé ne peut expliquer en soi les difficultés et la souffrance rencontrées.

Le choix de ces termes viendrait du fait que ce fonctionnement singulier aurait d’abord Ă©tĂ© observĂ© chez des personnes ayant un rĂ©sultat au test de QI plus Ă©levĂ© que la moyenne.
Mais il s’agit d’un fonctionnement qui dĂ©passe le test de QI. Aussi, le QI ne serait pas toujours plus Ă©levĂ©. Il peut aussi ĂȘtre hĂ©tĂ©rogĂšne.
C’est ainsi que certains diffĂ©rencient ce qu’ils appellent le « haut potentiel intellectuel » oĂč le QI serait supĂ©rieur Ă  la moyenne (HPI) du « haut potentiel Ă©motionnel » lorsque le QI est dit normal (HPE).

Quel terme et quelle définition retenir ?

En revanche, l’Ă©tude et la comprĂ©hension du fonctionnement en « arborescence » paraĂźt ĂȘtre utile et intĂ©ressante.

Pour comprendre ce fonctionnement, il faut pouvoir entendre « haut » au sens d’« excessif » et « potentiel » comme les « capacitĂ©s ET incapacitĂ©s » particuliĂšres d’une personne.

 

Le sentiment de différence.

La grande caractĂ©ristique des personnes ayant un fonctionnement en arborescence (« haut potentiel »), c’est d’avoir le sentiment de ne pas ĂȘtre comme les autres, d’ĂȘtre trop diffĂ©rent, d’ĂȘtre trop en dĂ©calage, d’ĂȘtre « à part ».
D’une part, la personne perçoit qu’elle n’est pas « en phase » avec le monde qui l’entoure. D’autre part, son entourage lui renvoie ce mĂȘme message.

Ainsi, la personne peut exprimer un sentiment d’incomprĂ©hension.
Elle se sent souvent incomprise et/ou elle a le sentiment de ne pas comprendre les autres.

Cette trop grande diffĂ©rence peut engendrer des problĂšmes d’adaptation comportementale et relationnelle, qui risquent de faire souffrir la personne.
En effet, la personne perçoit ses propres difficultĂ©s d’intĂ©gration sociale, ce qui peut engendrer une altĂ©ration de l’estime de soi.

Ainsi, nous retrouvons l’expression d’une auto-dĂ©valorisation qui est frĂ©quente chez les personnes prĂ©sentant un fonctionnement « haut potentiel ».
D’une part du fait de la conscience des limites de leur intelligence qui serait caractĂ©ristique du fonctionnement en arborescence. D’autre part du fait du vĂ©cu de dĂ©calage.

Le « faux self » :

Cependant, les difficultĂ©s d’intĂ©gration ne sont pas toujours prĂ©sentes ou visibles.
En effet, certaines personnes parviennent Ă  faire preuve de conformisme.

« Self » signifie « Soi » en Anglais.
Le « faux self » (DW Winnicott) rĂ©sulte de l’adaptation de sa personnalitĂ© aux attentes de l’environnement, au dĂ©triment de ses besoins, envies et ressentis propres (qui se trouvent alors dĂ©niĂ©s).

La personne, souvent pour Ă©viter le rejet, se moule aux attentes de l’environnement, agit par imitation, parfois au prix de se rendre elle-mĂȘme invisible et de passer inaperçue.

Ainsi, lorsque le fonctionnement en « faux-self » devient omniprĂ©sent, il risque d’Ă©touffer la personnalitĂ© spontanĂ©e et authentique (le « vrai self ») de la personne.

« Trop, trop et encore trop !!! »

Ce que, Ă  juste titre, peut ressentir et percevoir l’entourage c’est du « trop », de l’excĂšs.

Et ce « trop », l’entourage peut ne pas le comprendre. Et, comme il ne le comprend pas, il pourrait le juger comme indĂ©sirable.
En effet, l’ĂȘtre humain a tendance Ă  vivre sa propre incomprĂ©hension comme un tĂ©moin de son insupportable incompĂ©tence. Pour se dĂ©fendre et se protĂ©ger, il risque alors d’interprĂ©ter que c’est la personne en face de lui qui a « un problĂšme », qui n’est « pas comme il faut », qui doit « changer », ou « faire un effort ».

Et cela d’autant plus que l’entourage voit la personne souffrir, en dĂ©tresse.
Car ce fonctionnement dans l’excĂšs n’est pas dĂ©pourvu d’inconvĂ©nients et de souffrance potentielle pour la personne elle-mĂȘme.
La perception d’une souffrance ne peut que conforter l’entourage dans l’idĂ©e qu’il y a effectivement bien un problĂšme, que la personne doit « changer », « rentrer dans la norme », pour arrĂȘter de souffrir.

Les fonctionnements cognitif et affectif peuvent donc ĂȘtre identifiĂ©s comme trop particuliers, trop « étranges » aux yeux d’autrui.
Par exemple, la personne peut ĂȘtre vue comme « torturĂ©e », « trop compliquĂ©e », « trop sensible ».

Ainsi, l’entourage est susceptible, du fait de son impuissance face Ă  une comprĂ©hension qui lui Ă©chappe, de rĂ©agir par de l’indiffĂ©rence qui frĂŽle l’ignorance, ou bien par de l’agacement, voire par du rejet.
Il peut aussi, en voulant apporter son aide, avoir tendance Ă  essayer de « corriger » le comportement de la personne. En lui disant, par exemple, que sa façon de faire n’est pas la bonne ou bien « ne sert Ă  rien ».

L’altĂ©ration de l’estime de soi.

Du fait de sa propre perception et/ou du renvoi par l’entourage de cette trop grande diffĂ©rence, la personne peut dĂ©duire qu’elle est « à cĂŽtĂ© de la plaque », a « un problĂšme », est « bizarre », parfois mĂȘme est « folle ».

A l’extrĂȘme, le vĂ©cu de dĂ©calage peut engendrer le sentiment de ne pas ĂȘtre lĂ©gitime et/ou de ne pas avoir sa place. LĂ  maintenant et ici sur Terre, d’ĂȘtre « un extraterrestre » et/ou « hors du temps » . Comme si elle appartenait Ă  une autre planĂšte ou Ă  une autre Ă©poque.

Ainsi, du fait d’un sentiment d’appartenance dĂ©faillant, c’est le sentiment d’identitĂ©, parfois mĂȘme le sentiment d’existence, qui peut ĂȘtre atteint.

Si la personne ne se sent pas lĂ©gitime ou bien si le « vrai self » est asphyxiĂ© par le « faux self », la personnalitĂ© authentique ne peut pas s’exprimer.
Cela peut alors engendrer ou renforcer un sentiment de vide, de solitude, d’angoisse, voire peut s’installer un Ă©tat d’effondrement dĂ©pressif.

 

Inné ou acquis ?

Le fonctionnement dit du « haut potentiel » ne serait pas considéré comme une pathologie psychiatrique, mais comme une façon innée singuliÚre de réfléchir et de percevoir le monde.
On ne pourrait donc pas à proprement parler de « diagnostic ».

Cependant, il pourrait ĂȘtre aussi un mĂ©canisme de dĂ©fense dĂ©veloppĂ© ou favorisĂ© en rĂ©action Ă  un dĂ©faut du « pare-excitation », en rapport avec des besoins affectifs primaires de sĂ©curitĂ©, de protection et de rĂ©confort insatisfaits.
Soit car ces besoins innĂ©s sont plus intenses que la moyenne et/ou car l’entourage n’a pas pu y rĂ©pondre de façon suffisante.

Le bio-psycho-social :

Nous savons que l’innĂ© et l’acquis sont intriquĂ©s.
Pourtant, nous avons encore trop souvent tendance Ă  penser que « tout » serait liĂ© Ă  l’environnement, avec le risque d’accuser ce dernier de tous les maux.
Ou, Ă  l’inverse, Ă  se persuader que l’environnement n’y peut rien car il ne s’agirait que de biologie et de gĂ©nĂ©tique.

Un enfant se co-construit avec son environnement.
Le « biologique » : L’enfant vient au monde avec un bagage gĂ©nĂ©tique qui conditionnera sa biologie et son tempĂ©rament.
Le « social » : L’enfant interagit avec le monde qui l’entoure, avec ceux qui s’occupent de lui. L’environnement aura Ă©videmment une influence sur son dĂ©veloppement.
Le « psychologique » : L’enfant n’est pas passif mais bien acteur dans la relation Ă  l’autre, dĂšs ses premiers instants de vie, dĂšs la naissance. L’enfant, en partant Ă  la fois de sa biologie et de ce que va lui offrir son environnement, fera des « choix » psychiques inconscients. Ces choix modĂšleront la construction de sa personnalitĂ© et dĂ©termineront la place qu’il occupera en interaction avec les autres et le monde.

Une avidité affective insatiable dÚs la naissance.

Parfois les parents rapportent avoir perçu « dés le départ » une différence avec leur enfant.

Ils décrivent par exemple un enfant qui avait un premier regard « transperçant ».
Ou bien un enfant goulu et insatiable, pouvant rendre l’allaitement douloureux et compliquĂ©.
Ou encore un enfant qui dort trĂšs peu, et les rĂ©veillant la nuit comme pour vĂ©rifier qu’ils sont bien lĂ .

Parfois est dĂ©crit des crises de pleurs intenses, oĂč un appel dĂ©sespĂ©rĂ© Ă  l’autre semble ĂȘtre adressĂ©.
Ou bien, Ă  l’inverse, un enfant « trop » calme comme si celui-ci taisait ses besoins pour ne pas dĂ©ranger son entourage.

Parfois est retrouvĂ© une grossesse ou un accouchement difficile avec un risque vital pour la mĂšre ou bien l’enfant.
Peuvent aussi ĂȘtre rapportĂ©s, dans l’histoire des ascendants, des antĂ©cĂ©dents de perte d’enfant (fausse couche spontanĂ©e, interruption de grossesse, enfant mort-nĂ©, mort subite de nourrisson) ou d’un parent proche pour qui le deuil n’a pas pu ĂȘtre fait, ou encore un vĂ©cu d’abandon ou de rejet.

Le sentiment d’existence.

A travers la notion d’attachement, l’entourage satisfait, par des soins continus, les besoins affectifs primaires de sĂ©curitĂ©, de protection et de rĂ©confort de l’enfant.

Un des besoins affectifs fondamentaux semble ĂȘtre le besoin de reconnaissance.
Le nom « reconnaissance » est à entendre au sens de la définition « Action de reconnaßtre quelque chose comme légitime » (Larousse).
Et le verbe « reconnaĂźtre » au sens « Identifier quelqu’un, quelque chose, le nommer en fonction d’un caractĂšre donné ».
Le besoin de reconnaissance est donc le besoin d’ĂȘtre identifiĂ© (au travers de ses besoins, envies, ressentis, pensĂ©es, …etc.) comme lĂ©gitime.

Ainsi, le regard de l’autre a une fonction de miroir, qui renvoie une lĂ©gitimitĂ© Ă  ĂȘtre, Ă  exister.

Cette reconnaissance permet l’attache, l’accroche, l’ancrage au monde.

Le « pare-excitation ».

Le « pare-excitation » a une fonction de protection de l’organisme contre les excitations en provenance du monde intĂ©rieur (sensations et Ă©motions : comme la faim, la fatigue, la tristesse, l’angoisse, etc.) et du monde extĂ©rieur (stimuli sensoriels : comme le bruit, la lumiĂšre, etc.) qui, de par leur intensitĂ©, risqueraient de le dĂ©truire.

Au dĂ©part, cette fonction est assurĂ©e par les adultes qui s’occupent de l’enfant.
Plus tard, elle agit comme une barriĂšre entre le dedans et le dehors filtrant passivement les excitations et permettant ainsi de protĂ©ger l’organisme contre les excitations internes et externes.

Ainsi, le pare-excitation a une fonction d’enveloppe protectrice.

Le dĂ©faut du pare-excitation peut engendrer une « surexcitation » (ou hyperstimulabilitĂ©), un ressenti d’agression (ou hypersensibilitĂ©), mais aussi un sentiment de vide, de manque affectif Ă  combler (effondrement).

En mĂȘme temps que le fonctionnement en arborescence pourrait permettre de remplir un sentiment de vide, il serait susceptible de le creuser.
En effet, s’il engendre un sentiment d’inadaptation ou une sur-adaptation en « faux self », les besoins affectifs d’Ă©coute, de comprĂ©hension et de soutien demeurent fondamentalement insatisfaits.
D’autant plus que l’entourage peut se retrouver complĂštement dĂ©muni, dans l’impossibilitĂ© de rĂ©pondre de façon adaptĂ©e, face Ă  un fonctionnement qui lui paraĂźt trop Ă©tranger, incomprĂ©hensible, car trop intense.

Haut potentiel et pare-excitation.
Le dĂ©faut d’enveloppe contenante, ou pare-excitation (ligne en pointillĂ©s), peut favoriser le dĂ©veloppement d’un fonctionnement en arborescence.

 

Identification du fonctionnement en arborescence :

Un fonctionnement cognitif, affectif et corporel « au delà de la norme ».

Le fonctionnement en arborescence serait défini par un fonctionnement quantitativement et qualitativement « trop » excessif et singulier des capacités et incapacités intellectuelles et/ou émotionnelles et/ou sensorielles.

Il s’agirait d’un fonctionnement cognitif, affectif et corporel caractĂ©risĂ© par :
Une hyperacuité ou hypersensibilité intellectuelle et/ou émotionnelle et/ou sensorielle.
L’hyperacuitĂ© ou hypersensibilitĂ© est le fait de percevoir des choses que les autres ne perçoivent pas.
L’hypersensibilité peut engendrer un vĂ©cu d’agression.
Une hyperstimulabilité intellectuelle et/ou émotionnelle et/ou sensorielle.
L’hyperstimulabilitĂ© traduit un besoin incessant de stimulation, un besoin insatiable d’ĂȘtre nourri.
C’est une recherche du « toujours plus » et du « toujours plus loin », voire de l’extrĂȘme, de l’atteinte de ses propres limites.

C’est comme si la personne ne sentait pas ses limites (intellectuelles, Ă©motionnelles et/ou sensorielles) et avait besoin de s’y confronter, peut-ĂȘtre, pour se sentir exister.

La place des bilans complémentaires.

C’est avant tout l’abord clinique qui permet d’apprĂ©hender et de comprendre ce fonctionnement singulier.

Mais des bilans complĂ©mentaires peuvent ĂȘtre rĂ©alisĂ©s. Ils viendront complĂ©ter ce que le clinicien a constatĂ©.

Les tests neuro-psychologiques permettent d’explorer le fonctionnement cognitif. Mais le test de QI parait insuffisant pour Ă©valuer l’intelligence intellectuelle globale de la personne.
Les tests psychologiques Ă©tudiant la structure ou personnalitĂ© du sujet permettent d’Ă©clairer le fonctionnement affectif.
Enfin, un bilan psychomoteur avec une analyse de la sensorialitĂ© permet d’Ă©clairer le fonctionnement corporel et sensoriel.

« Co-morbidités » psychiatriques.

La perception de cette diffĂ©rence, sans la comprendre, pourrait favoriser l’apparition ou l’expression de certaines pathologies psychiatriques et/ou neuro-dĂ©veloppementales.

Ces pathologies pourraient ĂȘtre favorisĂ©es par l’existence d’un dĂ©calage trop grand entre les exigences de l’environnement et les capacitĂ©s de la personne.
Elles pourraient rĂ©sulter d’une sur-adaptation engendrant un fonctionnement en « faux-self » excessif asphyxiant la personnalitĂ© spontanĂ©e et authentique.
Ou bien d’une dĂ©compensation, secondaire Ă  un échec ou un Ă©puisement de la tentative d’adaptation, face Ă  des exigences insurmontables.

En effet, nous repĂ©rons des « co-morbiditĂ©s » frĂ©quentes avec ce qu’on appelle le « Haut Potentiel », comme par exemple le TDAH.
Par ailleurs, l’altĂ©ration de l’estime de soi peut engendrer une dĂ©compensation anxio-dĂ©pressive, et la sur-adaptation un « burn-out ».

 

Principaux signes cliniques du fonctionnement en arborescence :

Vécu de décalage avec autrui +++.

La personne se sent diffĂ©rente et est gĂ©nĂ©ralement capable de l’Ă©noncer.

L’enfant ne s’en rend pas toujours compte. C’est parfois l’entourage enseignant qui interpelle les parents.
C’est souvent au cours de l’adolescence, Ă  partir du collĂšge ou du lycĂ©e, que la personne prend conscience de sa diffĂ©rence. Mais cela peut aussi ĂȘtre avant, Ă  l’Ă©cole primaire.

Certaines personnes sont capables de conformisme, afin de satisfaire le sentiment d’appartenance au groupe.
Mais, parfois, au prix de ne plus se sentir elles-mĂȘmes, lorsque le « faux-self » a pris toute la place.
La personne peut alors exprimer le sentiment d’ĂȘtre un « camĂ©lĂ©on », un « imposteur », de porter « un masque ». Ainsi que la peur d’ĂȘtre « dĂ©masquĂ©e ».

Certaines sont solitaires et vont entretenir peu de relations avec les autres, sans que cela ne leur pose problÚme.
D’autres vont ĂȘtre dĂ©rangĂ©es par le sentiment d’ĂȘtre « autarcisĂ©es », et en souffrir.

Enfin, il y a celles qui sont trĂšs bien adaptĂ©es, lorsqu’un Ă©quilibre entre leurs besoins et les attentes de l’entourage a pu se crĂ©er.

Une acuité et hyperstimulation intellectuelle.

Un cerveau en « ébullition » perpétuelle. 

Les pensées fusent et défilent sans relùche.
La personne passe d’une idĂ©e Ă  une autre sans pouvoir s’arrĂȘter. Elle se pose beaucoup de questions et de maniĂšre incessante.
Autrement dit, l’activitĂ© mentale ne connait pas de repos.

La personne manifeste une curiositĂ© extrĂȘme et insatiable.
Elle veut toujours savoir le « pourquoi » de tout.

La personne part en quĂȘte de sens et de « vĂ©rité ». 
Elle a besoin de « tout » comprendre : elle-mĂȘme, les autres, le monde et l’univers.
Ainsi, elle a tendance Ă  rechercher la complexitĂ©, Ă  avoir le souci du dĂ©tail et Ă  faire preuve d’un perfectionnisme forcenĂ©.

Ses intĂ©rĂȘts peuvent prendre la forme d‘engouements passionnels.
Avec, trĂšs souvent, le dĂ©veloppement d’une passion pour au moins un domaine scientifique. Comme, par exemple, les astres et les planĂštes.
En effet, quoi de mieux que la Science pour tenter de répondre au besoin de tout expliquer et de tout savoir ?!

Cette activitĂ© cĂ©rĂ©brale foisonnante a tendance Ă  Ă©puiser l’entourage qui n’arrive pas Ă  suivre.
La personne est alors souvent perçue comme « pénible », ou du moins « fatigante ».

Précocité et facilités dans les apprentissages.

Ces facilitĂ©s ne seraient pas constamment prĂ©sentes, mais lorsque c’est le cas, l’enfant a des compĂ©tences qui paraissent ĂȘtre innĂ©es.
L’enfant sait et l’entourage ignore comment l’enfant a appris.

C’est comme si l’enfant shuntait l’Ă©tape premiĂšre de l’apprentissage, celle d’ĂȘtre incompĂ©tent.


La peur de l’Ă©chec. 

Le problĂšme est que toute sa confiance en lui-mĂȘme risque de reposer sur cet unique modĂšle de « rĂ©ussite facile » impressionnant l’entourage.

Ses facilitĂ©s remarquables risquent alors d’engendrer une peur panique de l’Ă©chec ultĂ©rieure, si l’enfant n’est pas suffisamment encouragĂ© Ă  surmonter des difficultĂ©s.
En effet, le jour oĂč les difficultĂ©s surviendront, ce qui ne manquera pas d’arriver tĂŽt ou tard, la personne risque de se bloquer, l’Ă©chec Ă©tant alors vĂ©cu comme une humiliation.

L’enfant ou l’adulte risque, Ă  la survenue de la moindre difficultĂ©, de croire qu’il est « nul », c’est-Ă -dire qu’il n’a plus aucune valeur.
Par peur anticipĂ©e d’Ă©chouer, la personne risque alors de ne plus ĂȘtre en mesure de rĂ©ussir.

En effet, donner le meilleur de soi-mĂȘme implique un immense inconvĂ©nient, celui de rĂ©vĂ©ler ses propres limites.
Parfois, il parait moins risquĂ© de croire en l’illusion de nos brillantes capacitĂ©s que de prendre le risque, en donnant le meilleur de nous-mĂȘme, de s’apercevoir que nous nous sommes peut-ĂȘtre trompĂ©s Ă  leur sujet.

Ainsi, de trop grandes facilitĂ©s de dĂ©part peuvent mener tout droit Ă  l’Ă©chec scolaire.


La toute-puissance infantile. 

Aussi, la prĂ©cocitĂ© a tendance Ă  conserver l’enfant dans une relation de toute-puissance infantile vis-Ă -vis de son entourage.

Tel un nourrisson qui ne sait attendre, l’enfant prĂ©coce Ă©prouve une grande satisfaction face Ă  cette maĂźtrise qui lui permet d’obtenir immĂ©diatement ce qu’il exige.

L’enfant rĂ©ussit de façon impressionnante, raisonne avec aisance et argumente avec vigueur.
Ainsi, il peut dĂ©semparer en mĂȘme temps qu’il fascine et gratifie son entourage.
C’est une position qu’il risque d’avoir du mal Ă  abandonner.

Des centres d’intĂ©rĂȘts diffĂ©rents.

En gĂ©nĂ©ral, le sujet n’a pas ou peu de centres d’intĂ©rĂȘt partagĂ©s avec les personnes de son Ăąge.

La prĂ©cocitĂ© peut Ă©galement se traduire dans le fait que l’enfant s’adresse de façon privilĂ©giĂ©e Ă  des plus ĂągĂ©s.
Il peut aussi s’intĂ©resser aux plus jeunes dont il faut s’occuper. L’enfant prend alors une place plus « parentale ».

Une hypersensibilité et hyperstimulabilité émotionnelle.

Des émotions intenses. 

Une hyperémotivité.

Les Ă©motions, positives et nĂ©gatives, ont tendance a ĂȘtre ressenties plus intensĂ©ment que la moyenne. Aussi, la personne a tendance Ă  passer de l’une Ă  l’autre, parfois brutalement.
Ainsi, les Ă©motions dites « chaudes », comme la joie, la colĂšre, la tristesse, l’angoisse, ou encore la culpabilitĂ©, peuvent ĂȘtre Ă©prouvĂ©es tour Ă  tour et de façon trĂšs intense.
Ces Ă©motions intenses peuvent cĂ©der la place Ă  des Ă©motions dites « froides », avec un sentiment de vide, d’ennui et de morositĂ©, Ă©galement trĂšs intenses.

La personne hypersensible a souvent des difficultés dans la gestion de ses émotions.
La faible protection face aux Ă©motions engendre un vĂ©cu immĂ©diat d’agression.
Véritable éponge, la personne est sujette aux débordements émotionnels.
Ce dĂ©bordement, telle une vague submergeante, peut conduire Ă  de vĂ©ritables « explosions » Ă©motionnelles, qui dĂ©concertent l’entourage.

Le vĂ©cu Ă©motionnel est souvent vĂ©cu de maniĂšre extrĂȘmement douloureuse, dramatique.
La dramatisation est le contraire de la banalisation.

La dramatisation peut ĂȘtre exprimĂ©e sous une forme sĂ©ductrice, attirant la compassion, voire la complaisance d’autrui.
En effet, le fait de m’accommoder aux sentiments d’autrui pour lui plaire a tendance Ă  engendrer la mĂȘme rĂ©action en miroir.
L’autre cherchera alors Ă  son tour Ă  me faire plaisir en s’adaptant Ă  mes besoins ou dĂ©sirs, comme par exemple celui d’ĂȘtre plaint.

La dramatisation peut aussi ĂȘtre exprimĂ©e sous une forme « brute », sans filtre destinĂ© Ă  s’accommoder Ă  autrui.
Elle est alors, par le plus grand nombre, perçue comme « inadaptée », imprévisible et incompréhensible, et en conséquence suscite le rejet.
La personne peut ĂȘtre alors identifiĂ©e comme « se passant pour une victime » ou comme une « faiseuse de drame ». A l’inverse de l’attitude sĂ©ductrice qui passe inaperçue.

Malheureusement, lorsque le vĂ©cu douloureux est exprimĂ© de maniĂšre « inadaptĂ©e », l’entourage a tendance Ă  banaliser un ressenti qui appelle vĂ©ritablement Ă  ĂȘtre pris en considĂ©ration.
A l’inverse, une rĂ©ponse faisant preuve de trop de complaisance risque d’enfermer la personne dans une attitude d’auto-apitoiement.


Une hyperempathie.

La personne hypersensible peut faire preuve d’une empathie hors norme.
Elle a tendance Ă  prendre en charge les autres de façon spontanĂ©e, jusqu’Ă  parfois se placer dans un rĂŽle de « sauveur » excessif.

La personne hyperempathique a souvent de fortes valeurs morales. En particulier, elle est trĂšs attachĂ©e au sens de la justice et de l’Ă©quitĂ©.
Elle est frĂ©quemment intolĂ©rante Ă  toute forme d’injustice, que ce soit pour elle-mĂȘme ou pour les autres.
Elle présente également souvent des difficultés à supporter un cadre trop normatif ou restrictif, ou une autorité refusant de se remettre en question.
La personne est alors souvent perçue comme « agaçante », car capable de mettre autrui en difficulté.

L’hypersensibilitĂ© Ă  l’injustice n’est pas sans rappeler la quĂȘte de lĂ©gitimitĂ©.
En effet, la légitimité est définie par la « qualité de ce qui est équitable, fondé en justice » (Larousse).

Une appréhension précoce de la représentation de la mort. 

La personne est souvent préoccupée par la mort.
Peut s’exprimer une peur, parfois omniprĂ©sente, de la sĂ©paration, de l’abandon et/ou de la perte.

La préoccupation autour de la mort et de la perte est souvent majorée au moment des temps de repos et/ou de séparation.
Notamment le soir au coucher, pouvant entraĂźner une perturbation de l’endormissement ou du sommeil. Avec, parfois, une lutte contre la sensation de sommeil.

Des doutes de soi permanents. 

La personne est consciente et constamment confrontée aux limites de son intelligence.
Elle est toujours prĂȘte Ă  se dĂ©valoriser.

Certaines personnes demandent constamment Ă  ĂȘtre rassurĂ©es.
Parfois, ce besoin de rĂ©assurance se traduit par une quĂȘte insatiable d’attention.

Aussi, la lutte contre le sentiment d’auto-dĂ©valorisation se traduit par une recherche de perfection absolue.
Mais, Ă  cause du risque que cela ne puisse ĂȘtre parfait, la personne peut devenir incapable d’entreprendre quoi que ce soit.
L’infinie et impossible quĂȘte de perfection peut alors de conduire Ă  la procrastination.

Enfin, la critique peut ĂȘtre insupportable.
Soit parce qu’elle remet en question brutalement le sentiment de toute-puissance entretenu par les rĂ©ussites faciles, soit parce que la personne met tout son cƓur et son Ă©nergie dans ce qu’elle fait.
Les critiques entraĂźnent souvent des ruminations incessantes, avec le sentiment d’ĂȘtre « nul », de perdre toute valeur.

Un Ă©moussement affectif.

Mais, Ă  l’inverse, nous pouvons Ă©galement retrouver une anesthĂ©sie affective.
La personne exprime alors une difficultĂ© Ă  identifier ses Ă©motions et celles d’autrui. Elle explique utiliser le « canal » intellectuel pour tenter d’identifier les Ă©motions chez l’autre.
Cela peut s’expliquer par un « faux-self » qui s’est construit en dĂ©niant les Ă©motions ressenties. En effet, Ă  force d’Ă©touffer ses Ă©motions, la personne devient incapable de les identifier.
Une anesthĂ©sie affective peut aussi ĂȘtre liĂ©e Ă  un sentiment de vide qui ne parvient pas Ă  ĂȘtre comblĂ© et/ou Ă  un effondrement dĂ©pressif.

Aussi, nous pouvons retrouver l’expression d’une apparente indiffĂ©rence, y compris chez les personnes hyperempathiques.
Une personne avec un fonctionnement en arborescence peut parfois renvoyer de l’indiffĂ©rence. Mais celle-ci n’est pas Ă  interprĂ©ter comme un signe de rĂ©el dĂ©sintĂ©rĂȘt pour l’autre.
Cette indiffĂ©rence paraĂźt plutĂŽt ĂȘtre une dĂ©fense face Ă  un sentiment de gĂȘne Ă©prouvĂ©e dans la relation.
Elle semble ĂȘtre le rĂ©sultat d’un refuge dans une « bulle » identifiĂ©e comme une « zone de sĂ©curité ».


Chat Ă©chaudĂ© craint l’eau froide. 

Le repli dans sa bulle chez une personne ayant un fonctionnement en arborescence fait penser Ă  l’expression du « chat Ă©chaudĂ© craint l’eau froide ».
Un chat qui se serait jetĂ© dans un rĂ©cipient d’eau brĂ»lante sans savoir qu’elle l’Ă©tait et l’effet que ça lui ferait, n’oserait mĂȘme plus tremper une patte dans un rĂ©cipient d’eau froide, pourtant bien inoffensive, craignant Ă  nouveau de s’y brĂ»ler.

Pour les personnes hypersensibles, l’eau brĂ»lante serait l’expĂ©rience vĂ©cue de rejet, entrainant la crainte que toute relation future l’y conduise.
Pour celles ayant des facilitĂ©s incroyables, elle serait l’expĂ©rience d’un échec vĂ©cu comme une humiliation, entrainant la crainte de la revivre.

Notons que la peur du rejet ou la peur de l’humiliation sont des peurs en lien avec le regard de l’autre.

Un besoin de contrĂŽle et de maĂźtrise.

Le besoin de maĂźtrise parait ĂȘtre un moyen de protection rassurant face au sentiment d’insĂ©curitĂ© interne engendrĂ© par le dĂ©faut du pare-excitation.

Il permet une certaine « auto-suffisance ».
En effet, si je contrÎle « tout », « tout » ne dépend alors que de moi.
Ainsi, contrĂŽler l’extĂ©rieur peut donner l’illusion de maĂźtriser la menace d’un chaos intĂ©rieur.

La recherche de maĂźtrise s’exprime d’abord au travers du besoin de « tout » comprendre, de « tout » savoir ou de « tout » connaitre.
Ainsi que par le besoin de perfectionnisme.

Elle peut Ă©galement se traduire par une rĂ©sistance aux changements ou une intolĂ©rance aux imprĂ©vus, par l’installation de rituels +/-rigides, ou encore par un besoin impĂ©rieux que tout soit organisĂ© ou ordonnĂ©, en rapport avec un besoin de stabilitĂ©.

Enfin, elle peut se rĂ©vĂ©ler au travers d’un besoin impĂ©rieux que rien ne soit perdu, abĂźmĂ© ou dĂ©tĂ©riorĂ©, en rapport avec une angoisse de perte.
En particulier, est rĂ©guliĂšrement exprimĂ©e une angoisse de perdre du temps, accompagnĂ© d’un besoin de rentabilitĂ©, d’optimisation ou de performance maximale dans tout ce qui est entrepris.
Se retrouve également fréquemment une difficulté à faire des choix. En effet, le fait de choisir une possibilité implique de perdre toutes les autres.

Une hypersensibilité et hyperstimulabilité sensorielle.

L’hypersensibilitĂ© sensorielle.

La personne peut rapporter une hyperesthésie aux stimulis visuels, auditifs, olfactifs, gustatifs, et/ou au toucher.
Les stimuli sensoriels sont susceptibles d’engendrer un vĂ©cu d’agression, d’envahissement insupportable pour la personne.
Cet envahissement sensoriel peut conduire Ă  une « saturation » et Ă  des rĂ©actions vives, souvent incomprises de l’entourage.
Au niveau gustatif, certaines textures d’aliments n’Ă©tant plus supportĂ©es, un trouble de l’oralitĂ© peut s’installer avec une perte du goĂ»t et du plaisir de s’alimenter.

Parfois, la personne se plaint également de cenestopathies ou de psychalgies.
Il s’agit de perceptions douloureuses ou de sensations de gĂȘne, possiblement localisĂ©es Ă  un organe, sans explication pathologique objectivable.
Elles peuvent aboutir au dĂ©clenchement d’une fibromyalgie, une endomĂ©triose, un syndrome du colon irritable, 
etc.

L’hypersensibilitĂ© peut aussi se traduire par une sensibilitĂ© particuliĂšre aux effets secondaires des mĂ©dicaments, et notamment aux anti-dĂ©presseurs.

L’hyperstimulabilitĂ© sensorielle.

La personne peut décrire ou révéler par son comportement une hyperstimulabilité corporelle, avec la recherche de stimuli sensoriels.
La recherche de sensations corporelles +/-intenses peut s’exprimer au travers d’une recherche active de contact, d’une agitation psycho-motrice, d’une pratique sportive intense jusqu’Ă  l’Ă©puisement, d’un trouble du comportement alimentaires (TCA), d’une addiction avec consommation d’une substance psycho-active (alcoolisme, cannabis, 
) 
etc.

La restriction volontaire de l’anorexie mentale et l’ingestion massive d’aliments de l’accĂšs boulimique viennent toutes deux tester les limites du corps.
L’une dans l’insuffisance, la restriction et la maĂźtrise. L’autre dans l’excĂšs, le remplissage et l’impulsivitĂ©.

L’hyperstimulabilitĂ© corporelle parait ĂȘtre le corollaire au niveau moteur de l’hyperstimulation cĂ©rĂ©brale.
Aussi, dĂ©vier l’activitĂ© sur le corps peut inconsciemment permettre de canaliser une activitĂ© cĂ©rĂ©brale envahissante.

L’activitĂ© psycho-motrice dĂ©bordante, elle aussi, Ă©puise l’entourage.
Du fait de ce dĂ©bordement d’Ă©nergie, l’enfant en particulier, mais aussi l’adulte, est ici aussi souvent perçu comme « usant ».

Troubles du développement psychomoteur.

Le dĂ©veloppement psychomoteur peut ĂȘtre prĂ©coce au dĂ©part.
Notamment, il existe des enfants qui shuntent des étapes. Par exemple, ils ont appris à marcher sans passer par le rampé à 4 pattes.


Un schéma corporel défaillant. 

Le dĂ©veloppement psychomoteur a ensuite tendance Ă  ĂȘtre en dessous de la norme.
Notamment, sont rĂ©guliĂšrement retrouvĂ©es des difficultĂ©s d’intĂ©gration du schĂ©ma corporel plus ou moins importantes et invalidantes.

Ainsi, la personne peut se sentir mal Ă  l’aise dans son corps.
Elle peut exprimer la sensation de ne pas bien habiter son corps ou d’ĂȘtre comme perdue dedans.
Ou bien percevoir son corps comme un (corps) Ă©tranger, comme s’il Ă©tait dissociĂ©, c’est-Ă -dire « dĂ©connecté » de son esprit.

Aussi, peut ĂȘtre retrouvĂ©e une maladresse et/ou une brusquerie, la conscience du corps dans l’espace Ă©tant perturbĂ©e.

Parfois, la personne ne ressent pas son corps.
Par exemple, il ne ressent pas la douleur, ou l’envie de manger ou de boire, ou encore d’uriner et/ou d’aller Ă  la selle.
Quand il ressent le stimulus sensoriel, les limites corporelles peuvent se trouver déjà dépassées.


Une hypertonie.

Le bilan psychomoteur peut également retrouver une hypertonie musculaire (exagération permanente du tonus musculaire), parfois majeure.
L’hypertonie semble ĂȘtre une carapace protectrice face Ă  des stimuli perçus comme des agressions.
Elle pourrait aussi correspondre au niveau du corps au masque défensif du « faux-self ».


Dysgraphie et dyspraxie. 

La personne peut Ă©galement rencontrer des difficultĂ©s pour l’Ă©criture.
Avec une Ă©criture en pattes de mouche, qui s’envole au delĂ  des lignes, 
etc. rendant l’Ă©criture illisible.
Comme si « le cerveau allait plus vite que la main » ou comme si « la main n’allait pas assez vite pour le cerveau ».

Ces difficultĂ©s pourraient aller jusqu’Ă  la dysgraphie, avec une lenteur du geste graphique et des douleurs digitales.

Parfois, s’installe une dyspraxie (altĂ©ration du dĂ©veloppement de la coordination motrice).


Troubles du langage oral ou Ă©crit.

Ces troubles peuvent s’accompagner d’un trouble du langage Ă©crit ou oral.
Avec des mots qui se retrouvent comme « agglutinĂ©s », perdus, des mots ou des phrases qui ont du mal Ă  ĂȘtre terminĂ©s, ou encore un trouble de l’articulation avec un dĂ©bit trop rapide, 
etc. rendant le langage inintelligible.
Encore une fois, comme si « le cerveau allait plus vite » que ne le permettent les capacités motrices.

 

Vers un « Quotient Intellectuel » plus élevé ?

Rappelons que l’intelligence est globale et que le test de QI n’en explore qu’une partie Ă  un instant donnĂ©.

Un fonctionnement en arborescence entraĂźnant une « soif » d’apprendre, une curiositĂ© insatiable, parfois une passion pour la lecture, parfois des facilitĂ©s Ă©tonnantes, est Ă©videmment propice Ă  dĂ©velopper un raisonnement et des connaissances susceptibles de faire « grimper » les rĂ©sultats au test de QI.

A l’inverse, d’autres paramĂštres, comme l’inhibition anxieuse liĂ©e Ă  une peur de l’Ă©chec et/ou le dĂ©crochage de l’attention peuvent perturber les mesures.

Aussi, le niveau des Ă©tudes faites conditionne Ă©galement le rĂ©sultat d’un test de QI.

Un « QI » Ă©levĂ© pourrait donc ĂȘtre une des consĂ©quences possibles du fonctionnement en arborescence, expliquant le choix de l’appellation « haut potentiel ».
Mais cette conséquence ne serait en fait pas toujours présente.

Rappelons donc que le fonctionnement en arborescence n’implique pas obligatoirement un rĂ©sultat au test de QI au-delĂ  de la norme.

 

Vers le Trouble dĂ©ficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivitĂ© (TDA-H) ?

Le TDA-H pourrait ĂȘtre Ă©galement un prolongement possible du fonctionnement en arborescence.

DĂ©crochage de l’attention.

Le besoin d’ĂȘtre constamment nourri, stimulĂ©, peut ĂȘtre Ă  l’origine de « dĂ©crochages » de l’attention quand la personne se trouve insuffisamment stimulĂ©e.
Probablement est elle déjà partie « ailleurs ».

L’attention peut, de maniĂšre incontrĂŽlĂ©e, vagabonder d’idĂ©e en idĂ©e, reliĂ©es par des liens infimes, et ainsi s’Ă©carter du sujet initial.
La personne a alors tendance Ă  partir « hors sujet », dĂ©passant le cadre de la consigne, ou bien Ă  « passer du coq-Ă -l’Ăąne ».

En effet, il peut ĂȘtre compliquĂ© d’ĂȘtre Ă  la fois « sur la ligne » (flĂšche horizontale sur le dessin qui reprĂ©sente le fonctionnement dit linĂ©aire) et « dans l’arbre » (fonctionnement en arborescence).

Ce dĂ©crochage de l’attention peut donner l’impression Ă  l’interlocuteur que la personne n’est pas investie, ne fait pas d’effort, est « dans sa bulle », « à l’ouest », « lunaire », ou bien encore « n’a pas les pieds sur Terre ».

Haut potentiel et trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité.
Fonctionnement en arborescence vs linéaire.
« Envol » de la pensĂ©e et dĂ©crochage de l’attention.

Lenteur et fatigabilité.

La prĂ©sence de « dĂ©tours » multiples de la pensĂ©e liĂ©s au fonctionnement en arborescence, lorsque la personne tente de les contrĂŽler, peut ĂȘtre Ă  l’origine d’une lenteur et d’une fatigabilitĂ©.

La personne rapporte alors souvent devoir fournir un effort, qui peut ĂȘtre trĂšs intense, voire douloureux, pour maintenir sa concentration sur la tĂąche demandĂ©e ou le sujet en cours.

C’est un peu comme si nous comparions en voiture un trajet Lille – Paris en passant par l’A1, c’est-Ă -dire le trajet direct (200km), Ă  un trajet qui part explorer toutes les petites routes de campagne de la rĂ©gion Haut-de-France car ces petites routes semblent plus intĂ©ressantes les unes des autres (avec, par exemple, au total plus de 2000km parcourus).
Le premier sera le plus rapide et le plus économique. Le second sera plus lent et coûteux en énergie.

L’hyperactivitĂ©.

L’instabilitĂ© ou l’agitation psychomotrice, non constamment prĂ©sente, rĂ©vĂšle une hyperstimulabilitĂ© corporelle.

Cette hyperstimulabilitĂ© corporelle parait ĂȘtre un prolongement au niveau moteur de l’hyperstimulabilitĂ© cognitive.
D’ailleurs, il est parfois exprimĂ© que la personne « va aussi vite dans son corps que dans sa tĂȘte ».

Des difficultĂ©s d’organisation.

Le fonctionnement en arborescence peut aussi engendrer des difficultĂ©s d’organisation.

La personne, ou son entourage, peut avoir le sentiment qu’elle « en met partout ».
Le dĂ©sordre dans sa vie semble ĂȘtre un reflet du « dĂ©sordre dans sa tĂȘte ».

 

Le syndrome d’Ă©puisement : « burn-out » et « bore-out ».

Atteinte des limites et situation du « burn-out ».

Nous pouvons retrouver une tendance du fonctionnement en arborescence Ă  aller rechercher l’atteinte des limites psychiques (intellectuelles et/ou Ă©motionnelles) et/ou physiques (corporelles ou sensorielles), et donc un Ă©ventuel risque de « burn-out » ou syndrome d’Ă©puisement.
Ce « burn-out » peut engendrer une décompensation psychiatrique.

C’est comme si, Ă  force de tourner Ă  plein rĂ©gime, le cerveau finissait par « bugger », un peu comme le principe de la sur-tension et du court-circuit.

Si nous prenons l’exemple d’une voiture, peut importe que le moteur aille jusque 180 ou 250km/h (limites du moteur), puisque nous sommes censĂ©s rouler au maximum Ă  130 km/h (limitation de vitesse).
Si nous roulons toujours au maximum de la capacitĂ© du moteur, nous risquons de l’endommager gravement.

Or, du fait du fonctionnement en arborescence « en mode toujours plus », les limites de ce fonctionnement peuvent se retrouver dépassées.

Haut potentiel et burn-out
Atteinte des limites : situation du « burn-out ».

Le « bore-out » ou syndrome d’Ă©puisement par l’ennui.

A noter qu’une personne avec un fonctionnement en arborescence, en gĂ©nĂ©ral, ne se plaint pas d’ennui.
En effet, si elle s’ennuie, la personne va spontanĂ©ment rechercher Ă  s’auto-stimuler, par exemple en partant dans ses propres pensĂ©es.
Elle pourrait aussi partir Ă  la recherche de sensations corporelles, par exemple au travers d’une agitation psycho-motrice.
Ou encore bavarder en classe, amuser ses camarades, ĂȘtre « l’Ă©lĂ©ment perturbateur », 
etc. tout ce qui pourrait ĂȘtre stimulant pour elle.

Cependant, si un cadre trop rigide empĂȘche la personne de se nourrir suffisamment, celle-ci risque de souffrir, parfois cruellement, d’ennui.
Cette souffrance de l’ennui peut aller jusqu’au « bore-out ».

 

L’arborescence : une dĂ©fense face Ă  une menace d’effondrement mĂ©lancolique ?

L’angoisse de mort : un rappel de la thĂ©orie freudienne au sujet de la mĂ©lancolie.

L’apprĂ©hension de la mort et l’auto-dĂ©valorisation rappellent l’angoisse de mort et la condamnation du Moi dĂ©crites dans la mĂ©lancolie.

Dans « Deuil et mélancolie », selon Freud, la douleur mélancolique est douleur de la perte.
Perte d’objet, soustraite Ă  la conscience. A la diffĂ©rence du deuil, oĂč ce qui concerne la perte est conscient.
Ainsi, le mĂ©lancolique ne sait pas ce qu’il a perdu.

Le constat d’un Moi mĂ©lancolique prodigieusement appauvri, consumĂ©, fait dire Ă  Freud que « L’ombre de l’objet est retombĂ©e sur le Moi ».
Une partie du Moi, sĂ©parĂ©e par clivage, l’instance morale (identifiĂ©e ensuite comme « le Surmoi »), critique et s’acharne sur l’autre partie (identifiĂ©e ensuite comme « le Moi ») vers laquelle aurait basculé l’objet aimĂ© et perdu, partie ainsi identifiĂ©e Ă  ce Moi en dĂ©samour.

Dans « Le Moi et le ça », Freud aborde la mélancolie à propos des relations entre le Surmoi et la pulsion de mort.
« Le Surmoi du mĂ©lancolique fait rĂ©gner dans le Moi la pure culture de la pulsion de mort, mort vers laquelle il finit gĂ©nĂ©ralement par l’entraĂźner ».

Avec la pulsion de mort, Freud introduit l’angoisse de mort.
Angoisse qui, selon lui, s’explique chez le mĂ©lancolique par le fait que le Moi s’abandonne lui-mĂȘme car il se sent haĂŻ et persĂ©cutĂ© par le Surmoi, un Surmoi qui fait rage contre le Moi avec une violence sans mĂ©nagement, au lieu d’en ĂȘtre aimĂ©.

Enfin, dans « MĂ©tapsychologie », Freud identifie cette part du Moi si cruelle envers son alter, faisant rage contre elle, cette « conscience morale » si critique, comme Ă©tant l’IdĂ©al du moi, hĂ©ritier du narcissisme originel, auquel le mĂ©lancolique a succombĂ©.
« La misĂšre du mĂ©lancolique est l’expression d’une scission tranchĂ©e entre les deux instances du Moi, dans laquelle l’IdĂ©al du moi excessivement susceptible met au jour, dans le dĂ©lire de petitesse et dans l’auto-rabaissement, sans mĂ©nagement sa condamnation du Moi« .

La mélancolie : une dépression existentielle.

Nous pourrions rattacher l’angoisse de mort à un sentiment d’existence dĂ©faillant.

La perte insaisissable du mĂ©lancolique pourrait ĂȘtre le sentiment d’existence en lui-mĂȘme.
Le problĂšme ne serait pas qu’il soit perdu, mais plutĂŽt qu’il n’ait jamais Ă©tĂ© trouvĂ©.
Le sujet n’aurait jamais pu trouver ce miroir lui renvoyant une suffisante lĂ©gitimitĂ© Ă  ĂȘtre, Ă  exister.
Son besoin de reconnaissance demeurerait Ă©ternellement insatisfait.

En effet, le vide mĂ©lancolique c’est le « rien », le « nĂ©ant ».
Il reprĂ©sente une menace d’une disparition totale, d’une destruction complĂšte. Il s’agit donc d’une menace d’anĂ©antissement.
Ainsi, le sentiment de vide s’apparente Ă  un Ă©tat de non-existence.

Le sentiment de non-existence.

Les idĂ©es d’immortalitĂ©, avec la conviction de ne pas pouvoir mourir, retrouvĂ©es dans certaines formes de mĂ©lancolie, Ă©voque ce sentiment de non-existence.
Si la personne ne peut pas mourir, c’est parce que, selon elle, elle n’existe pas.
Il faut effectivement pouvoir au préalable exister pour pouvoir ensuite mourir.

Ce sentiment de non-existence peut aussi s’exprimer au travers d’idĂ©es de nĂ©gation de soi, du corps ou du monde.
Avec l’expression d’idĂ©es de culpabilitĂ© et/ou d’indignitĂ©, parfois Ă  l’origine d’idĂ©es de damnation ou d’auto-destruction.
Les idĂ©es d’auto-destruction peuvent se manifester psychiquement et/ou corporellement, avec l’impression que l’organisme se dĂ©truit ou se putrĂ©fie.

Aussi, peut ĂȘtre verbalisĂ© le sentiment d’ĂȘtre un « mort-vivant » ou un « vivant-mort ».

L’arborescence : une lutte existentielle ?

Nous pouvons faire l’hypothĂšse que le fonctionnement en arborescence tenterait de combler le vide existentiel mĂ©lancolique.
Dans cette hypothĂšse, l’hyperstimulabilitĂ© serait une forme de remplissage du vide.

Ainsi, l’arborescence pourrait correspondre à une lutte contre le sentiment de non-existence liĂ©e Ă  une pulsion de vie, ou instinct de survie.
L’objectif serait de trouver en vain un semblant de sentiment d’existence.
Mais la menace du néant serait toujours présente


Lorsque le vide prend le dessus, c’est l’effondrement.
Le contact avec le rĂ©el est parfois perdu. Cette perte du contact avec la rĂ©alitĂ© peut aller jusqu’Ă  un Ă©tat de stupeur aigue, oĂč la personne n’est comme plus lĂ .
Cet effondrement est un état de souffrance aiguë qui ne peut pas tenir dans la durée.
L’instinct de survie pourrait alors remettre en place des stratĂ©gies, comme celle de relancer l’arborescence.

La menace du néant.

L’image correspondant Ă  la mĂ©lancolie est celle du trou noir (PC. Racamier « Le gĂ©nie des origines »).
Un trou noir est une rĂ©gion de l’espace qui possĂšde un champ gravitationnel si intense que toute matiĂšre qui y pĂ©nĂštre ne peut plus en ressortir, y compris la lumiĂšre.
C’est pourquoi les trous noirs sont des objets optiquement invisibles.

Nous pourrions aussi donner celle des abysses.
Le mot « abysse » a pour origine le terme grec abyssos qui signifie « sans fond ». Car longtemps les humains ont considĂ©rĂ© l’ocĂ©an comme un gouffre insondable.
Les abysses sont les zones profondes de l’ocĂ©an oĂč la lumiĂšre ne pĂ©nĂštre jamais.

L’enfant ou l’adulte dit « prĂ©coce » ou Ă  « haut potentiel » a tendance Ă  poser de multiples questions existentielles.
Autrement dit, des questions oĂč il n’y a pas de rĂ©ponse. LĂ , donc, oĂč il y a des « zones d’ombre » ou des « trous » dans notre savoir et nos connaissances.
Aussi, les questions sont posées de maniÚre illimité, infinie, ou sans fin.

L’hyperstimulabilitĂ© : un rappel de la thĂ©orie freudienne au sujet de la manie.

Dans « Deuil et mĂ©lancolie », Freud Ă©voque que dans la manie, le Moi aurait surmontĂ© la perte de l’objet.
Le montant de contre-investissement que la souffrance douloureuse de la mĂ©lancolie avait tirĂ© Ă  elle, ainsi redevenu disponible, serait alors Ă  l’origine de l’Ă©lation et de la libĂ©ration maniaque.

Puis, dans « MĂ©tapsychologie », Freud Ă©crit que lĂ  oĂč le mĂ©lancolique a succombĂ©, le maniaque est quant Ă  lui venu Ă  bout de l’IdĂ©al du moi, en levant triomphalement ses exigences.
Il suppose que l’IdĂ©al du moi serait dissous temporairement dans le Moi, aprĂšs avoir rĂ©gnĂ© prĂ©alablement avec une certaine rigueur.
« Chez le maniaque, Moi et IdĂ©al du moi ont confluĂ©, si bien que la personne dont l’humeur de triomphe et d’auto-fĂ©licitĂ© n’est perturbĂ©e par aucune autocritique peut se rĂ©jouir de la disparition des inhibitions, des Ă©gards, et des auto-reproches. »

Le syndrome maniaque : un emballement de l’arborescence ?

L’excitation maniaque peut ĂȘtre vue comme une derniĂšre tentative de lutte contre l’effondrement.

Nous pourrions rattacher l’excitation maniaque au fonctionnement en arborescence qui s’emballerait et qui viendrait dĂ©passer les limites du sujet.
D’oĂč le sentiment de toute-puissance caractĂ©ristique de l’Ă©tat maniaque.

L’Ă©tat de toute-puissance donne au sujet le sentiment d’exister.
A l’extrĂȘme, la toute-puissance s’exprime au travers d’idĂ©es mĂ©galomaniaques, Ă©rotomaniaques, voire messianiques.
Le sentiment d’existence est alors Ă  son apogĂ©e
 avant de retomber.

Cet Ă©tat de toute-puissance, vĂ©ritable consommateur d’Ă©nergie, pouvant aller jusqu’au syndrome dĂ©lirant, ne peut durer et ne dure pas.
Classiquement, il est suivi d’un Ă©tat d’effondrement mĂ©lancolique.

Le trouble borderdine ou Ă©tat-limite.

La menace d’une dĂ©pression existentielle, frĂŽlant la mĂ©lancolie, secondaire Ă  une dĂ©faillance narcissique et identitaire sĂ©vĂšre, est reconnue comme Ă©tant au centre de la psychopathologie du trouble limite (Jean Bergeret « La dĂ©pression et les Ă©tats-limites »).

D’ailleurs, le dĂ©faut du pare-excitation, le vide intĂ©rieur, l’impulsivitĂ©, la recherche de limites, la labilitĂ© de l’humeur, les explosions Ă©motionnelles, le besoin de rĂ©assurance rappellent, entre autres, la description clinique du trouble borderline.

Dans le trouble borderline, la dĂ©faillance identitaire s’accompagne d’un abandonnisme (peur d’ĂȘtre abandonnĂ©) et d’un anaclitisme (besoin impĂ©rieux d’un « support », dĂ©pendance vitale Ă  l’autre).

L’anorexie mentale.

La dysmorphophobie (peur d’ĂȘtre difforme) de l’anorexique, avec la conviction d’ĂȘtre toujours « trop grosse », malgrĂ© toutes les preuves du contraire, peut rappeler la problĂ©matique de la place et de l’existence.
Prendre du poids, c’est en effet prendre « plus de place » physiquement.

La personne avec un comportement anorexique exprime souvent que la perte de poids lui donne « la sensation d’exister ».

Au delĂ  de la recherche de limites et du besoin de maĂźtrise, c’est comme s’il fallait diminuer la place physique (en rĂ©trĂ©cissant physiquement grĂące Ă  une perte de poids), pour pouvoir gagner le sentiment d’avoir une place psychique.
A l’inverse, si la place physique augmente (par une prise de poids), c’est le sentiment de perdre sa place psychique qui rĂ©apparaĂźtrait.

C’est comme s’il fallait DISPAR-AÎTRE pour ÊTRE.

Une influence environnementale.

Cette croyance est entretenue par une société qui passe son temps à valoriser (attention positive) la maßtrise et la contrainte, que représente la minceur.
Et à dénoncer (attention négative) la perte de contrÎle et le plaisir, que représente la prise de poids.

Qui n’a pas observĂ© qu’Ă  chaque fois qu’une personne perd du poids, nous lui adressons une remarque plutĂŽt admirative ?
Et, Ă  l’inverse, qu’Ă  chaque fois qu’une personne prend du poids, nous formulons des commentaires d’un ton peu agrĂ©able Ă  son sujet ?

De mĂȘme, est habituellement verbalisĂ©e une inquiĂ©tude (marque d’attention positive) quand la personne ne semble pas manger assez.
Quand est formulĂ©e une remarque plutĂŽt dĂ©plaisante (« Qu’est ce que tu manges ! Tu vas grossir ! ») dĂšs que la personne semble enfin prendre plaisir Ă  s’alimenter !

 

Un diagnostic diffĂ©rentiel : le syndrome d’Asperger.

L’autisme infantile prĂ©coce.

Une relation au monde particuliĂšre et une clinique prĂ©cise dĂ©finissent l’autisme.

Le mot autisme vient du mot « auto », pour dĂ©signer « soi-mĂȘme ».
En effet, dans l’autisme, l’autre ne semble pas exister en tant qu’ĂȘtre humain. C’est-Ă -dire qu’il n’est pas reconnu comme une personne vivante et animĂ©e.

Ce qui caractĂ©rise l’autisme, c’est une absence ou une pauvretĂ© de l’interaction avec l’autre qui dĂ©sole tant l’entourage.
En effet, l’autisme se traduit essentiellement par le fait que la personne semble indiffĂ©rente Ă  son entourage et l’ignore.
La personne semble +/-totalement dĂ©sintĂ©ressĂ©e d’Ă©tablir un contact affectif avec l’autre.
Si une certaine attention Ă  autrui est portĂ©e, tout ce passe comme si la personne investie ne l’Ă©tait pas dans sa totalitĂ©, mais seulement de maniĂšre partielle. Comme si elle n’Ă©tait qu’un objet inanimĂ©.

Le syndrome d’Asperger.

Le syndrome d’Asperger est un trouble autistique.

Une personne atteinte d’un syndrome d’Asperger prĂ©senterait donc les mĂȘmes caractĂ©ristiques du trouble de la relation Ă  l’autre que celles dĂ©crites pour l’autisme.

De surcroĂźt, elle serait dotĂ©e d’un potentiel cognitif dĂ©veloppĂ©, avec notamment une mĂ©moire incroyable susceptible d’impressionner autrui.
Mais si nous retrouvons la prĂ©sence d’un engouement passionnel pour lequel le sujet fait preuve d’une extrĂȘme connaissance, celui-ci reste en secteur.
C’est-Ă -dire qu’il ne permet absolument pas une adaptation sociale de la personne.

Quand la personne partage ses connaissances avec autrui, c’est avant tout pour elle-mĂȘme.
Ses rĂ©flexions ont tendance Ă  tomber un peu comme « un cheveu sur la soupe » dans la conversation, sans que nous puissions faire de lien avec ce qui vient d’ĂȘtre dit.

Nous pouvons citer la cĂ©lĂšbre scĂšne du film « Rain Man » oĂč Raymond dĂ©nombre exactement les 246 cure-dents tombĂ©s au sol, alors qu’il ne peut correctement rendre la monnaie.
Ce film a été critiqué par les personnes identifiées comme « Aspies », pourtant il correspond bien à une réalité clinique.

Exemples d’engouements passionnels en secteur :

En effet, des parents d’enfant avec un syndrome Asperger peuvent dĂ©crire l’apparition prĂ©coce, vers l’Ăąge de 3 ans, de ce qu’ils appellent une « addiction » pour les chiffres et parfois aussi pour les lettres.

Ils décrivent, par exemple :
– Un besoin impĂ©rieux de dĂ©nombrer les objets dans une piĂšce ou le nombre de points sur un dĂšs lancĂ© Ă  l’Ăąge prĂ©coce de 4 ans.
– Un besoin obligatoire d’ĂȘtre prĂ©sent pour dĂ©compter les secondes du micro-onde, ou bien les 12 coups de l’horloge Ă  midi. Ou bien le besoin impĂ©rieux d’avoir toujours une visibilitĂ© sur le compteur annonçant la vitesse lors des trajets en voiture.
– Le fait d’apprendre tout seul Ă  compter trĂšs tĂŽt (jusque 30 Ă  3 ans, jusque 100 Ă  4 ans, 
etc.) et de passer des heures Ă  rĂ©citer les nombres connus par cƓur dans l’ordre croissant puis dĂ©croissant.
– Ou bien de rĂ©citer toutes les lettres de l’alphabet de A Ă  Z dans l’ordre, puis de Z Ă  A Ă  l’envers 
etc.

Cette passion pour les chiffres, ces compĂ©tences hors-normes dĂ©veloppĂ©es prĂ©cocement et cette incroyable mĂ©moire sont ici principalement utilisĂ©es pour s’auto-stimuler.
A la diffĂ©rence des nombreux « pourquoi » que pose l’enfant Ă  « Haut Potentiel » en interaction avec son entourage.

D’ailleurs, ces auto-stimulations psychiques s’accompagnent frĂ©quemment d’auto-stimulations physiques, comme des balancements ou des allers-retours incessants.

Les Troubles du Spectre Autistique (TSA).

La classification du Trouble du Spectre Autistique (TSA) du DSM-5 (Manuel Diagnostique et Statistique des Maladies Mentales) a voulu regrouper dans un continuum les diagnostics dĂ©finis dans la catĂ©gorie des Troubles Envahissants du DĂ©veloppement (TED) du DSM-4 et de la CIM-10 (Classification Internationale des Maladies) et qui concernaient : l’autisme infantile, l’autisme atypique, les troubles dĂ©sintĂ©gratifs de l’enfance, le syndrome d’Asperger et les troubles envahissants du dĂ©veloppement non spĂ©cifiĂ©s.
En effet, il a Ă©tĂ© considĂ©rĂ© qu’il y avait un continuum entre ces diagnostics et qu’il pouvait ĂȘtre difficile de les diffĂ©rencier.
Le terme TSA a alors remplacé celui de TED.

Les Troubles du Spectre Autistique regroupent les diagnostics dĂ©finis par une perturbation +/- grave, absolue, essentielle de la relation Ă  l’autre, lorsque celle-ci est caractĂ©ristique de l’autisme. 
La relation autistique est marquĂ©e par une absence ou une pauvretĂ© de l’utilisation du comportement et de la parole dans un but de communication avec autrui.
En effet, mĂȘme lorsqu’un Ă©change avec l’autre est prĂ©sent, ceux sont les auto-stimulations qui restent prĂ©dominantes.

Exemples d’auto-stimulations :

Les auto-stimulations se traduisent par exemple par :
– Des stĂ©rĂ©otypies envahissantes, comme un flapping des mains (agitation des extrĂ©mitĂ©s), des balancements, des allers-retours sans but ou des tournoiements sur soi-mĂȘme pendant une durĂ©e prolongĂ©e et sans dĂ©ranger l’entourage.
Les parents disent gĂ©nĂ©ralement « on ne l’entend pas ».
– Une fascination pendant des heures Ă  regarder une machine Ă  laver tourner, Ă  activer un interrupteur (allumer – Ă©teindre, avec l’expression d’une auto-satisfaction qui semble dire « c’est moi qui le fait ! »), Ă  observer le fonctionnement d’une porte et de sa poignĂ©e (ouvrir – fermer), ou bien d’une roue qui tourne, 
etc.
– Une utilisation dĂ©tournĂ©e des jouets comme la prĂ©occupation que tout soit strictement alignĂ© ou rangĂ© dans un ordre exact.
Les parents peuvent dire « il est trop maniaque pour dire vraiment qu’il joue ».
– Le fait de parler dans un jargon incomprĂ©hensible pour tous, qui ne semble adressĂ© qu’Ă  soi-mĂȘme.

Une fuite du contact.

La personne a tendance Ă  repousser les autres, y compris et mĂȘme surtout ceux qui voudraient apporter leur aide.
Plus l’autre est proche, plus la personne atteinte d’autisme a tendance Ă  s’en dĂ©fendre et Ă  dĂ©nier son existence.
Elle peut crier ou hurler, repousser avec ses membres, dĂ©tourner le regard, tourner la tĂȘte, partir plus loin, quitter la piĂšce, 
etc.

L’entourage Ă©voque l’impression d’un enfant en « free-lance », dans sa bulle, de son cĂŽtĂ©.
Il dĂ©crit un enfant qui n’invite pas Ă  la relation et ne rĂ©pond pas aux sollicitations, sauf s’il y trouve un intĂ©rĂȘt pour lui-mĂȘme.
Il peut dire « c’est comme s’il nous ignorait, comme s’il ne voulait pas nous entendre ».

Un changement de définition ?

En psychiatrie, comme en médecine somatique ou organique, nous recherchons à regrouper des symptÎmes en syndrome ou maladie.
Par exemple, la prĂ©sence d’une fiĂšvre Ă©levĂ©e, de courbatures, de signes respiratoires fera Ă©voquer le diagnostic de syndrome grippal.

Mais la psychiatrie a de particulier qu’elle ne se limite pas Ă  une pure classification de symptĂŽmes.
Une deuxiÚme « grille » de lecture est présente et fondamentale pour pouvoir poser correctement un diagnostic.
Celle-ci consiste Ă  Ă©tudier la relation Ă  l’autre, la relation au corps, ainsi que le vĂ©cu psychique de la personne.

Cependant, une confusion semble aujourd’hui ĂȘtre faite entre la prĂ©sence de symptĂŽmes ressemblant Ă  ceux de l’autisme et le diagnostic de Trouble du Spectre Autistique.
En effet, la notion de continuum reflĂ©tĂ©e par le terme « TSA » a tendance Ă  y faire entrer toute situation oĂč nous retrouverions un certain nombre de symptĂŽmes en apparence proches de l’autisme.

Cette confusion est liée à une subtilité perdue dans les descriptions cliniques.
La pose d’un diagnostic ne peut se limiter Ă  cocher des cases et Ă  remplir des questionnaires.
La description superficielle de symptĂŽmes ne peut expliciter toute la finesse d’un syndrome clinique.

Une influence médiatico-socio-politique.

Cette confusion semble favorisée par les médias et par des enjeux sociaux et politiques.

Elle est aussi favorisée, sous cette influence médiatico-socio-politique, par des professionnels de santé divers qui ne sont pas médecins mais qui se missionnent pourtant à prendre ce rÎle et à évoquer des diagnostics médicaux.
En effet, ils croient et disent repĂ©rer des diagnostics qu’ils donneront aux patients ou Ă  leurs parents, tout en les adressant Ă  un psychiatre pour confirmer le diagnostic qu’ils ont eux-mĂȘmes Ă©voquĂ©. Pour appuyer ses propos, le professionnel donne parfois au patient un exemplaire de la classification du DSM.
Or, le DSM est un manuel diagnostique Ă  visĂ©e statistique. C’est donc essentiellement un outil Ă©pidĂ©miologique et de recherche, plus qu’un outil clinique.
Ce constat met souvent le mĂ©decin dans l’embarras.

La confusion de la fonction et des places de chacun sĂšme un peu plus le trouble dans la pose des diagnostics.

Le diagnostic médical, un diagnostic réservé aux médecins.

Les professionnels de santé qui ne sont pas médecins ont un rÎle majeur. Leurs observations et conclusions éclairent le médecin sur le diagnostic médical.
Mais ces professionnels devraient rester dans les compĂ©tences qui sont les leurs (et que d’ailleurs le mĂ©decin n’a pas) et ne devraient jamais Ă©voquer avec le patient un diagnostic mĂ©dical.

Un médecin est compétent pour poser un diagnostic médical.
Un psychologue Ă  poser un diagnostic psychologique.
Un orthophoniste Ă  poser un diagnostic orthophoniste.
Un psychomotricien Ă  poser un diagnostic psychomoteur. Etc.
Tous ces professionnels de santé se complÚtent. Il ne se substituent pas et ne sont pas interchangeables.

L’arborescence : vers des symptĂŽmes d’apparence autistique ?

Le fonctionnement en arborescence peut engendrer des symptĂŽmes rappelant l’autisme mais en apparence uniquement.

En particulier, du fait du vĂ©cu douloureux de dĂ©calage, le fonctionnement en arborescence peut Ă©voluer vers un trouble de l’interaction sociale.
Mais celui-ci a la particularitĂ© d’ĂȘtre accompagnĂ© d’un sentiment d’incomprĂ©hension bilatĂ©ral.
En effet, la personne ne se sent pas comprise et se plaint de ne pas non plus comprendre les autres.

Les autres symptĂŽmes d’apparence autistique :

Au niveau cognitif :

Des engouements passionnels, Ă©voquant les intĂ©rĂȘts restreints, liĂ©s Ă  une soif d’apprendre et de tout comprendre.
A la diffĂ©rence de l’autisme, la personne aimerait pouvoir partager ses intĂ©rĂȘts avec d’autres.
Un souci du détail, lié au perfectionnisme.
A la diffĂ©rence de l’autisme, la personne intĂšgre le dĂ©tail dans un tout. Elle ne voit pas les choses que de façon partielle, mais s’intĂ©resse et veut aller jusqu’au bout des choses. Ainsi, elle peut explorer un objet au delĂ  de son but premier.


Au niveau Ă©motionnel :

Des crises émotionnelles « inconsolables ».
A la diffĂ©rence de l’autisme, ces pleurs ou ces cris appellent l’autre dans l’espoir d’une consolation.
Un Ă©moussement affectif.
A la diffĂ©rence de l’autisme, l’indiffĂ©rence est une dĂ©fense contre une peur du rejet ou une crainte de dĂ©ranger, ou encore contre un risque d’humiliation.
Un besoin de contrÎle et de stabilité.
Ce besoin est moins total que pour l’autisme, pour lequel nous retrouvons un besoin d’immuabilitĂ© absolue.


Au niveau corporel :

Une hypersensibilité sensorielle.
Les sensations restent moins intrusives que pour l’autisme.
Un enfant Ă  « Haut Potentiel » pourra exprimer que les sons le dĂ©rangent. Un enfant atteint d’autisme bouchera ses oreilles, voire enfoncera ses doigts Ă  l’intĂ©rieur de celles-ci, et quittera la piĂšce.
Une hyperstimulabilité corporelle.
A la diffĂ©rence de l’autisme, cette hyperstimulabilitĂ© appelle, au moins partiellement, le regard de l’autre, son attention.
Des difficultés psycho-motrices.

L’importance de la relation Ă  l’autre.

Tous ces symptĂŽmes diffĂšrent fondamentalement de l’autisme car, essentiellement, ici, l’autre est reconnu et existe.
La personne recherche mĂȘme souvent son regard au travers d’une quĂȘte identitaire, de reconnaissance, de lĂ©gitimitĂ©, d’appartenance et/ou d’intĂ©gration.
Si la personne se replie par moments dans sa bulle, elle souffre de ne pas se sentir en adĂ©quation avec le monde, contrairement Ă  ce qui se passe dans l’autisme.

Une relation fusionnelle manquée.

Lorsque le dĂ©veloppement se dĂ©roule de maniĂšre optimale, une fusion relationnelle, psychologique, prolonge la fusion physique de la grossesse, car le nourrisson est un petit ĂȘtre totalement dĂ©pendant et vulnĂ©rable.

Cette relation fusionnelle devra ensuite se rĂ©soudre, progressivement au fil de la croissance, pour permettre l’acquisition de l’autonomie et de l’indĂ©pendance.
C’est le processus de « sĂ©paration-individualisation » (Margaret Mahler « La naissance psychologique de l’ĂȘtre humain : symbiose humaine et individuation »).
L’individualisation est le fait de devenir une personne propre, sĂ©parĂ©e de l’autre.

Si l’Ă©tape premiĂšre de la fusion est manquĂ©e, l’individualisation du sujet risque de se compliquer.


Cas de l’autisme.

Dans l’autisme, le repli sur soi-mĂȘme apparait ĂȘtre primaire, premier.

C’est comme si, dĂšs le dĂ©part, l’enfant refusait et se dĂ©fendait contre la relation fusionnelle, pourtant nĂ©cessaire au dĂ©but de la vie, car vĂ©cue comme trop intrusive.

Dans l’autisme, l’autre apparait menaçant par sa prĂ©sence.


Cas de l’arborescence.

Dans le fonctionnement en arborescence, quand il apparait, le renfermement sur soi-mĂȘme semble ĂȘtre secondaire.
En effet, il semble ĂȘtre la consĂ©quence d’un renoncement, d’une rĂ©signation.

Il paraĂźt ĂȘtre un comportement par dĂ©faut, secondaire au constat dĂ©semparĂ© d’une impossibilitĂ©.
L’impossibilité d’obtenir une rĂ©ponse suffisamment satisfaisante Ă  l’appel dĂ©sespĂ©rĂ©, ou Ă  l’espoir effrĂ©né et inavouĂ©, d’une demande de fusion intense, potentiellement perçue par l’autre comme dĂ©vorante.

Ici, l’autre apparait menaçant par son absence.

Afin de pallier au besoin d’une absolue et impossible fusion, la personne peut alors construire une auto-suffisance dĂ©fensive. Notamment, au travers du besoin de maĂźtrise.
Et cette auto-suffisance peut aussi engendrer, de maniĂšre rĂ©actionnelle et presque paradoxale, des angoisses d’intrusion. ParticuliĂšrement, lorsque l’autre vient faire effraction dans son systĂšme de maĂźtrise dĂ©fensif.

Enfin, si la personne goĂ»te Ă  cette relation fusionnelle, mais la perd trop tĂŽt, elle peut aussi sombrer dans l’anaclitisme, dans un espoir vain de retrouver ce « paradis perdu ».

Les « Aspies ».

La confusion entre symptĂŽmes d’apparence autistique et autisme Ă  proprement-dit pourrait finalement se retrouver dans la dĂ©nomination « Aspie » revendiquĂ©e aujourd’hui.

En effet, les personnes utilisent le terme de « syndrome d’Asperger » pour dire « autiste pas comme les autres (autistes) ». Car ces « autistes-là » seraient dans la relation.
Comme le traduit, par exemple, leur demande intense de reconnaissance et d’intĂ©gration.

Or, le fait de rechercher la relation Ă  l’autre, l’acceptation par celui-ci ou l’intĂ©gration au groupe social infirme le diagnostic d’autisme.

Aussi, « ĂȘtre Aspie » ne serait plus une pathologie ou un trouble source de souffrance, mais uniquement une façon diffĂ©rente d’ĂȘtre au monde.
C’est Ă©galement ce que reflĂšte le discours de ceux qui affirment que les TSA se situeraient sur un continuum qui se prolongerait Ă  son extrĂȘme dans la « normalité ».

Il semble ainsi probable qu’un certain nombre de personnes « Aspies » soient plutĂŽt des personnes ayant un fonctionnement en arborescence accompagnĂ© de symptĂŽmes en apparence proches de l’autisme.

En fin de compte, il semblerait que le terme « Aspie » vienne compléter ce que le terme « Haut Potentiel » réservé au QI plus élevé ne peut définir ou expliquer.

 

L’altĂ©ration de la « thĂ©orie de l’esprit ».

Enfin, une thĂ©orie actuelle appelĂ©e « thĂ©orie de l’esprit » entretient Ă©galement la confusion autour du syndrome d’Asperger.

En effet, le dĂ©ficit en thĂ©orie de l’esprit serait attribuĂ© spĂ©cifiquement aux personnes autistes.
Son Ă©tude fait d’ailleurs partie de l’Ă©valuation de l’ADOS (ou Echelle d’observation du diagnostic de l’autisme).

Or, il est fort probable que ce dĂ©ficit dĂ©passe largement la catĂ©gorie des Troubles du Spectre de l’Autisme.

Le concept de la thĂ©orie de l’esprit.

La thĂ©orie de l’esprit est dĂ©finie comme la capacitĂ© Ă  infĂ©rer des Ă©tats mentaux Ă  autrui.
Elle est dĂ©crite comme l’aptitude Ă  prĂ©dire, anticiper, expliquer ou interprĂ©ter le comportement de nos pairs dans une situation donnĂ©e, en leur attribuant des croyances, des souhaits ou des intentions.

La thĂ©orie de l’esprit permet de dĂ©coder le monde social en mobilisant la perception de soi et des autres, ainsi qu’en utilisant des connaissances sur les rĂšgles rĂ©gissant les interactions interpersonnelles.
Elle est indispensable à la régulation des conduites et au bon déroulement des interactions sociales.

La thĂ©orie de l’esprit permet de comprendre que l’autre a des pensĂ©es, des intentions ou des croyances distinctes des siennes.
Elle suppose un circuit relationnel impliquant une reconnaissance cognitive et/ou Ă©motionnelle de soi-mĂȘme et d’autrui actualisĂ©e dans l’échange.

La thĂ©orie de l’esprit cognitive est la reprĂ©sentation des pensĂ©es d’autrui.
Et la thĂ©orie de l’esprit affective est la reprĂ©sentation des Ă©motions d’autrui.

La thĂ©orie de l’esprit de premier ordre regroupe les reprĂ©sentations que nous avons de l’état mental d’une personne en adoptant sa perspective.
Et la thĂ©orie de l’esprit de second ordre regroupe les reprĂ©sentations qu’une personne a sur les reprĂ©sentations mentales d’une autre personne.

Les difficultĂ©s rencontrĂ©es en cas d’altĂ©ration de la thĂ©orie de l’esprit.

Une personne avec un dĂ©ficit en thĂ©orie de l’esprit ne reconnait pas et ne comprend pas les indices rĂ©vĂ©lateurs des pensĂ©es de l’autre Ă  un niveau attendu pour son Ăąge.
Elle est incapable de reconnaĂźtre des signaux subtils des Ă©tats Ă©motionnels ou de « lire » des Ă©tats d’ñme complexes.
Elle ne distingue pas les indices subtils du discours de son interlocuteur et tend à adopter une interprétation littérale de celui-ci.

Ou bien, dans le cas oĂč la personne fait preuve d’aptitudes de thĂ©orie de l’esprit dites « assez avancĂ©es », elle prend plus de temps pour traiter les indices sociaux importants et pour rĂ©pondre de maniĂšre adaptĂ©e et spontanĂ©e.
Ce qui peut engendrer un degrĂ© d’effort intellectuel pour parvenir au traitement des codes sociaux, et mener Ă  un Ă©puisement moral et intellectuel.
Il nous semble ici retrouver le fonctionnement du « faux-self ».

L’altĂ©ration de la thĂ©orie de l’esprit peut aussi ĂȘtre source d’anxiĂ©tĂ© pour la personne. En particulier si celle-ci a besoin de maĂźtrise.
Ne pas ĂȘtre sĂ»r de ce que l’autre pense ou dit, ne pas savoir identifier les pensĂ©es ou ressentis d’autrui peut engendrer un sentiment gĂ©nĂ©ral d’incertitude, voire ĂȘtre source d’angoisse importante.

Aussi, l’altĂ©ration de la thĂ©orie de l’esprit peut ĂȘtre Ă  l’origine d’élĂ©ments de persĂ©cution, liĂ©s aux difficultĂ©s que rencontre la personne pour dĂ©coder les pensĂ©es et Ă©motions d’autrui.
La personne peut mal interprĂ©ter le comportement des autres, leurs mimiques et leurs intonations, jusqu’Ă , parfois, avoir des rĂ©actions paranoĂŻaques.

Enfin, face à ces difficultés relationnelles, la personne peut subir un harcÚlement psychique et/ou physique.

La manipulation.

Notons que nous sommes ici Ă  l’opposĂ© du dĂ©faut d’empathie des personnes manipulatrices, voire anti-sociales, qui, Ă  l’inverse, exploitent l’autre dans les relations interpersonnelles pour parvenir Ă  leurs propres fins.

Le manipulateur manque d’empathie mais dĂ©code parfaitement bien les Ă©tats mentaux de l’autre, et cela afin de servir ses propres intĂ©rĂȘts.

Ainsi, le manipulateur serait en comparaison, lui, « un champion » de la thĂ©orie de l’esprit, malgrĂ© un manque possiblement total d’empathie.

Le concept de « mentalisation » selon les thĂ©ories de l’attachement (Nicole GuĂ©deney, Antoine GuĂ©deney « L’attachement: approche thĂ©orique »).

Le concept de thĂ©orie de l’esprit n’est pas nouveau.

Nous retrouvons dans la littĂ©rature les termes « mentalizing » (mentalisation), « mindreading » (lecture d’états mentaux), « perspective-taking » (prise de perspective), « empathy » (empathie) ou encore « social understanding » (comprĂ©hension sociale).

La mentalisation est dĂ©finie comme la capacitĂ© Ă  percevoir, comprendre et interprĂ©ter son propre comportement et celui de l’autre en l’imaginant comme conjoint Ă  des Ă©tats mentaux intentionnels.

La mentalisation permettrait de se faire une idée réaliste des raisons qui nous poussent à agir, à penser et à ressentir comme nous le faisons.

Le concept de mentalisation intÚgre cognitions et émotions. Elle est la capacité de penser les émotions et de ressentir les pensées.

Concept de fonction réflexive.

La « fonction rĂ©flexive » ou « conscience rĂ©flexive » est le reflet dans le discours des capacitĂ©s de mentalisation de l’individu.
Elle renvoie Ă  la capacitĂ© qui nous permet d’avoir accĂšs avec souplesse et cohĂ©rence Ă  nos propres Ă©motions et pensĂ©es, en lien avec nos expĂ©riences d’attachement pendant l’enfance.

La fonction rĂ©flexive de toute personne s’occupant d’un enfant est la capacitĂ© de l’adulte Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  sa propre expĂ©rience interne en tant que personne, ainsi qu’Ă  celle de l’enfant.
Elle permet Ă  l’adulte d’infĂ©rer correctement les Ă©tats mentaux qui gouvernent les comportements de l’enfant.

L’adulte doit pouvoir faire un retour sur son propre vĂ©cu Ă©motionnel pour pouvoir interprĂ©ter celui de l’enfant.
Car il ne peut contenir l’affect de l’enfant seulement s’il peut l’imaginer pour lui-mĂȘme.
Et il ne peut communiquer une rĂ©alitĂ© Ă  l’enfant seulement s’il en a lui-mĂȘme une reprĂ©sentation.

Cela implique aussi que l’adulte soit capable de voir les choses du point de vue de l’enfant.
Pour cela, il doit ĂȘtre capable de voir l’enfant comme Ă©tant une personne sĂ©parĂ©e et de le traiter comme un sujet ayant une vie mentale autonome. C’est-Ă -dire ayant des sentiments, des dĂ©sirs et des intentions qui lui sont propres.

Impact de la conscience rĂ©flexive de l’adulte sur le dĂ©veloppement de la conscience rĂ©flexive de l’enfant.

La conscience rĂ©flexive de la personne qui s’occupe de l’enfant renvoie donc Ă  sa capacitĂ© de donner du sens aux Ă©tats internes, Ă©motions, pensĂ©es et intentions de l’enfant, ainsi qu’aux siens propres.

L’enfant ne naĂźt pas avec la capacitĂ© de reconnaĂźtre les Ă©tats mentaux comme des Ă©tats ayant un sens pour lui.

Dans la relation d’attachement sĂ©curisante, la personne qui s’occupe de l’enfant parviendrait Ă  donner du sens aux comportements de l’enfant en termes d’états mentaux.
Ce sens donnĂ© permettrait de fournir Ă  l’enfant des connaissances sur ses propres Ă©tats internes.

L’enfant accĂšderait alors progressivement Ă  une comprĂ©hension de ses propres Ă©tats mentaux et de ceux d’autrui.
Ce qui l’aiderait Ă  mieux rĂ©guler ses Ă©motions et Ă  interagir efficacement avec les autres.

Ainsi, une relation sĂ©curisante vĂ©cue par l’enfant serait une condition favorable au dĂ©veloppement de ses propres capacitĂ©s de mentalisation et donc de sa conscience rĂ©flexive.
GratifiĂ© de cette bonne conscience rĂ©flexive, l’individu aurait Ă  terme une bonne capacitĂ© de dĂ©velopper des relations sĂ©curisantes avec les autres.

Défaut de la fonction réflexive et troubles psychopathologiques.

L’absence de capacitĂ© chez l’adulte Ă  contenir l’expĂ©rience de l’enfant risque d’entraĂźner chez celui-ci un Ă©chec Ă  dĂ©velopper une capacitĂ© rudimentaire Ă  entrer pleinement dans sa propre expĂ©rience subjective et dans celle des autres, sans dĂ©pendre de mĂ©canismes primitifs de dĂ©fense.

Selon les thĂ©ories de l’attachement, ce dĂ©faut de fonction rĂ©flexive chez l’adulte serait donc favorable au dĂ©veloppement chez l’enfant de diffĂ©rents troubles psychopathologiques.

Ainsi, le dĂ©faut de mentalisation ou de thĂ©orie de l’esprit ne serait absolument pas spĂ©cifique de l’autisme !

Le vécu de décalage du fonctionnement en arborescence.

Le vĂ©cu de dĂ©calage de la personne fonctionnant en arborescence engendre un sentiment gĂ©nĂ©ral d’incomprĂ©hension qui va dans les deux sens.
En effet, la personne se sent incomprise et, en mĂȘme temps, affirme ne pas comprendre non plus les autres.

Ainsi, chez les personnes fonctionnant en arborescence nous pouvons tout Ă  fait retrouver des difficultĂ©s liĂ©es au dĂ©ficit en thĂ©orie de l’esprit.

Aussi, la recherche spontanĂ©e de vĂ©ritĂ© peut s’accompagner d’une certaine naĂŻvetĂ© chez les personnes avec un fonctionnement en arborescence.
Ce constat a fait dire à Christel Petitcollin que les personnes qui « pensent trop » sont plus facilement manipulables.

Cette naĂŻvetĂ© peut aussi engendrer une difficultĂ© dans l’interprĂ©tation de l’implicite et des sous-entendus.
Le sous-entendu est une « IdĂ©e, parole que l’on suggĂšre sans les Ă©noncer complĂštement ; allusion souvent perfide, dĂ©sobligeante ou grivoise » (Larousse).

A l’inverse, contrairement Ă  ce qui se passe dans l’autisme, la comprĂ©hension des mĂ©taphores ne semble pas poser de difficultĂ©.
La mĂ©taphore est l’ « Emploi d’un terme concret pour exprimer une notion abstraite par substitution analogique, sans qu’il y ait d’Ă©lĂ©ment introduisant formellement une comparaison » (Larousse).

 

Haut Potentiel, TDAH et/ou « Aspie » = maladie, handicap, neuro-atypicité ou pathologie sociétale ?

Aujourd’hui les motifs de consultation pour une demande de « diagnostic » Haut Potentiel, TDAH et/ou Asperger reprĂ©sentent une part importante des premiĂšres demandes de consultation.
Comme l’atteste le long dĂ©lais d’attente pour obtenir un bilan dans un CRA (Centre de Ressources Autisme).

Mais, nous pouvons nous demander si ce ne serait pas finalement la sociĂ©tĂ© qui participerait Ă  la « crĂ©ation », ou du moins Ă  la majoration, d’une souffrance en demandant Ă  une personne d’ĂȘtre ce qu’elle n’est pas.

Une étiquette revendiquée.

En consultation, un patient me rapporte : « Je n’étais pas pour les Ă©tiquettes, car je ne voulais pas ĂȘtre dĂ©fini que par une Ă©tiquette. Mais cette Ă©tiquette-lĂ , je la veux bien ! Car j’ai commencĂ© Ă  dire autour de moi que j’étais en cours de bilan diagnostic HP et/ou Asperger, et dĂ©jĂ  j’ai vu le regard des autres sur moi changer ».

Il n’est pas rare que les patients en quĂȘte de ses « diagnostics » mĂšnent en rĂ©alitĂ© une quĂȘte identitaire.
En effet, ils Ă©voquent souvent ce besoin de comprendre qui ils sont, de pouvoir ĂȘtre acceptĂ©s tels qu’ils sont vraiment, de se sentir intĂ©grĂ©s dans la sociĂ©tĂ© pour ce qu’ils sont. Car, jusque-lĂ , cela n’aurait pas Ă©tĂ© le cas.

Le patient qui interpelle le médecin pour une demande de diagnostic recherche souvent au travers de celui-ci une légitimité à exister.
Mais qu’est-ce qui peut bien pousser aujourd’hui les personnes Ă  rechercher Ă  exister au travers d’une Ă©tiquette diagnostique ?!

Une quĂȘte d’identitĂ©, de reconnaissance et de lĂ©gitimitĂ©.

Si le regard des autres me demande d’ĂȘtre ce que je ne suis pas pour pouvoir faire partie des leurs, oĂč se situe alors ma place dans la sociĂ©tĂ© ?
Elle ne peut qu’ĂȘtre Ă  l’extĂ©rieur du groupe.

haut potentiel et isolement.
« Si je veux intégrer le groupe, il faut que je sois comme eux ».

Or, l’ĂȘtre humain est un ĂȘtre vivant qui a fondamentalement besoin de lien social.

Se sentir reconnu, acceptĂ©, avoir une place au sein du groupe, se sentir lĂ©gitime, est ce qui donne Ă  l’ĂȘtre humain LE DROIT D’EXISTER.
Ce serait donc une interdiction ou une autorisation d’ĂȘtre ou d’exister, qui serait donnĂ©e au travers du regard que les autres et la sociĂ©tĂ© portent sur nous.

La « normopathie » :

La normopathie est le dĂ©sir excessif d’ĂȘtre « normal », d’ĂȘtre « comme les autres ».

Le vĂ©cu douloureux de sa diffĂ©rence peut mener Ă  la mise en place de stratĂ©gies pour copier le comportement social des autres afin de pouvoir s’intĂ©grer dans le groupe.
C’est le fonctionnement en « faux-self » qui agit en fonction de ce que les autres attendent de lui.
Le faux-self se construit par une hyperadaptation superficielle et une pseudo-identification Ă  l’autre. Il agit par imitation et conformisme.
La personne a rĂ©ussi Ă  se mouler aux attentes de l’autre au prix d’Ă©touffer sa personnalitĂ© spontanĂ©e et authentique.

La demande diagnostique peut alors avoir pour objectif de mieux se connaßtre et de mieux connaßtre les autres, afin de se fondre davantage dans la masse.
Ou bien, Ă  l’inverse, peut ĂȘtre motivĂ©e par un « vrai-self » qui commence Ă  souffrir d’ĂȘtre constamment asphyxiĂ© et qui demande, enfin, Ă  ĂȘtre pris en compte.

Un besoin de réassurance :

Mais de nombreuses personnes ne parviennent pas Ă  mettre en place un faux-self efficace et protecteur.
Elles ne parviennent pas Ă  se mouler aux attentes de l’autre.
En conséquence, elles accumulent les expériences de rejet et en souffrent.

La demande diagnostique peut alors avoir pour objectif l’obtention d’une certaine rĂ©assurance, d’un portage psychique, d’une autorisation d’exister « tel que je suis ».

La revendication d’une originalitĂ© ou d’un statut Ă  part :

Des patients Ă©voquent que « la parole d’un professionnel (qui pose un diagnostic) est un argument de poids ».

Selon eux, cet argument de poids leur permettra d’expliquer aux autres qu’ils ne sont pas « bizarres » (ce que l’entourage leur renvoie depuis l’enfance avec une forte connotation nĂ©gative) mais seulement « diffĂ©rents » (connotation positive).

La personne ne se sentirait lĂ©gitime dans sa diffĂ©rence qu’Ă  la condition qu’un Autre lui accorde cette lĂ©gitimitĂ©. En dernier recours, cet autre sera le mĂ©decin.
La parole du médecin lui permettra alors de contrer celle de tous les autres.
La personne pourra ainsi s’affirmer dans sa lĂ©gitimitĂ©, grĂące Ă  un regard changĂ© sur elle-mĂȘme.

Ainsi, la demande diagnostique peut aussi ĂȘtre liĂ©e Ă  une aviditĂ© Ă  se reconnaĂźtre dans des syndromes mĂ©diatisĂ©s car valorisĂ©s.
L’objectif serait d’obtenir une attention positive de l’entourage afin de se sentir exister.

Un besoin de « tout » comprendre.

Enfin, cette recherche de diagnostic peut répondre au besoin de « tout » comprendre caractéristique du fonctionnement en arborescence.

En effet, la personne a besoin de mettre des mots sur ce qu’elle est, sur un vĂ©cu qui Ă©chappe Ă  son besoin de maĂźtrise.

L’objectif sera alors d’explorer en dĂ©tail ce fonctionnement singulier.

Un changement radical.

Ce que l’on constate finalement, c’est que lorsque le regard des autres et de la personne sur elle-mĂȘme change, beaucoup de choses changent

Y compris, et mĂȘme surtout, les symptĂŽmes identifiĂ©s au prĂ©alables comme « autistiques ».

Une patiente ayant interprĂ©tĂ©, Ă  partir d’un bilan qui Ă©voquait la prĂ©sence de quelques symptĂŽmes autistiques, qu’elle « était TSA » a changĂ© du tout au tout, du jour au lendemain.
Celle-ci est alors sortie brutalement de sa « zone de confort » (selon ses termes) et de maßtrise.
Elle a pris les transports en commun (train + mĂ©tro), ce qu’elle ne faisait jamais en raison de son hypersensibilitĂ© sensorielle. Elle s’est inscrite Ă  une premiĂšre formation d’un mois sur Lille.
Puis, au dĂ©tour de celle-ci, sa peur du changement et de l’inconnu a cĂ©dĂ© la place Ă  une envie d’aventure. En effet, elle a dĂ©mĂ©nagĂ© sur Toulouse pour participer Ă  une formation d’une annĂ©e rĂ©servĂ©e aux « TSA ».
Toutes ses dĂ©marches, elle les a effectuĂ©es d’elle-mĂȘme, sans l’aide de personne.
Ce changement spontanĂ© pourrait au final remettre en question le diagnostic d’autisme.

Ce que cette patiente Ă©voquait, c’est de se sentir enfin acceptĂ©e et autorisĂ©e Ă  ĂȘtre elle-mĂȘme, d’ĂȘtre enfin lĂ©gitime d’exister. Alors que, jusque lĂ , elle se cachait (vĂ©cu de rejet redoublĂ© d’une auto-exclusion).
Ce changement extrĂȘmement positif s’est produit grĂące Ă  un auto-diagnostic de TSA perçu comme valorisant.

Faudrait-il donc aujourd’hui la pose d’une Ă©tiquette diagnostique pour pouvoir se sentir lĂ©gitime, avoir le droit d’exister, et donc ÊTRE ?
Faudrait-il aujourd’hui « un diagnostic d’autisme pour sortir de l’autisme » ? 

Qui est malade ?

On pourrait se demander si ce ne serait pas la sociĂ©tĂ© qui serait devenue plus « autiste » du fait d’une incapacitĂ© Ă  reconnaĂźtre la personne dans sa singularitĂ©, dans sa diffĂ©rence. Et donc dans sa qualitĂ© d’ĂȘtre vivant et humain. C’est-Ă -dire avec ses besoins, envies, pensĂ©es et ressentis propres, qui font qu’elle n’est pas un objet mais bien une personne.

En effet, aujourd’hui il est devenu quasiment impossible de faire appliquer au monde scolaire et professionnel des conseils et recommandations y compris mĂ©dicaux, visant Ă  permettre l’adaptation et l’intĂ©gration de l’enfant ou de l’adulte, sans passer par la case MDPH et celle du handicap.
Cette reconnaissance du handicap par la MDPH semble ĂȘtre devenue incontournable.
Sans elle, il semblerait que nous persistons Ă  percevoir une diffĂ©rence comme un manque de volontĂ©, et Ă  demander Ă  la personne de faire des efforts et de s’hyper-adapter.

Ainsi, en fin de compte, est-ce que le dĂ©ficit en « thĂ©orie de l’esprit » ne toucherait pas la population gĂ©nĂ©rale ? 

Une rencontre.

« Tout le monde est un gĂ©nie. Mais si vous jugez un poisson Ă  sa capacitĂ© de grimper Ă  un arbre, il vivra toute sa vie en croyant qu’il est stupide. » (Albert Einstein)

Ne serait-il pas plus juste d’aller Ă  la rencontre de la personne avec une rĂ©elle curiositĂ© et un authentique intĂ©rĂȘt pour la dĂ©couvrir ? PlutĂŽt que de lui demander d’ĂȘtre ce que l’on imagine qu’elle devrait ĂȘtre ou de lui demander d’ĂȘtre comme nous.

Ne serait il pas plus juste de permettre aux personnes d’acquĂ©rir un sentiment de lĂ©gitimitĂ© et d’existence, sans passer par une Ă©tape obligatoire de « diagnostic » ?

Ou bien faudra t-il continuer de passer par la souffrance, puis par le diagnostic, puis du statut de maladie Ă  celui de handicap, puis Ă  celui de neuro-atypicitĂ©, et enfin de la demande de la sortie du diagnostic prĂ©cĂ©demment revendiquĂ© de la classification des maladies (car il faut « dĂ©psychiatriser » !) si l’on veut espĂ©rer qu’une diffĂ©rence soit prise en compte ?

En effet, la pose de certaines étiquettes diagnostiques paraĂźt au dĂ©part valorisante si c’est la seule voie qui permet une reconnaissance.
Mais, un jour ou l’autre, cette Ă©tiquette risque de se retourner contre la personne et de l’enfermer dans une case stigmatisĂ©e.

 

Prise en charge du « haut potentiel » grùce au « bio-psycho-social » :

« La folie, c’est se comporter de la mĂȘme maniĂšre et s’attendre Ă  un rĂ©sultat diffĂ©rent. » (Albert Einstein)

Le biologique :

Nous pouvons agir sur la biologie des personnes grùce à la prescription de certains traitements médicamenteux.

Le social :

Le dĂ©veloppement d’une personne peut prendre la direction de l’Ă©panouissement et de la santĂ© ou celui de la souffrance et de la pathologie.

Il s’agit avant tout de changer le regard de l’entourage sur la personne qui prĂ©sente un fonctionnement diffĂ©rent.
En effet, un environnement tolĂ©rant et accueillant la diffĂ©rence favorisera l’Ă©panouissement.

Aussi, une meilleure compréhension des besoins particuliers permettra de mieux pouvoir y répondre de façon adéquate.

Le rĂŽle de l’environnement consiste Ă  identifier et favoriser le dĂ©veloppement des compĂ©tences et talents propres de l’enfant ou de l’adulte.
Que ces compétences soit artistiques, sportives, manuelles, intellectuelles, émotionnelles, sociales
etc.

Il n’y a pas de talent « mieux » ou « moins bien », de talent « infĂ©rieur » ou « supĂ©rieur », mais seulement des talents diffĂ©rents.

La psychothérapie :

Il s’agit Ă©galement de permettre un changement de regard de la personne sur elle-mĂȘme.

En premier lieu, en abordant et explicitant ce sentiment d’ĂȘtre diffĂ©rent et de dĂ©calage.

Il s’agit d’Ă©viter de le nier, ce que nous pouvons avoir tendance Ă  faire dans l’intention de rassurer la personne.
En effet, plus que de rassurer, cela risque d’approfondir le sentiment de solitude et de dĂ©sarroi, le vĂ©cu propre de la personne demeurant incompris.

Partir à sa propre découverte pour accueillir et apprendre à aimer ses « trop » et  ses « pas assez ».

L’objectif est d’accompagner le sujet dans l’exploration de son propre fonctionnement cognitif, affectif et corporel, autant dans ses forces que dans ses faiblesses.

Il s’agit d’apprĂ©hender les capacitĂ©s et incapacitĂ©s particuliĂšres de son propre potentiel, afin d’en dĂ©velopper sa vitalitĂ©.

En effet, si nous voulons espĂ©rer dĂ©ployer nos points forts, il faut d’abord pouvoir identifier, afin de respecter, nos points faibles.
L’erreur commune est de vouloir Ă  tout prix se dĂ©barrasser de ses faiblesses. Alors qu’un ĂȘtre humain est fondamentalement un ĂȘtre manquant, dĂ©faillant.

Se focaliser sur ses faiblesses est le meilleur moyen de passer à cÎté de ses forces.

C’est ce que nous rappelle chaque annĂ©e Rafael Nadal, vainqueur exceptionnel, d’apparence « invincible », du tournoi de Roland Garros. La terre battue est l’atout fort de Rafael Nadal et celui-ci concentre toute son Ă©nergie dessus, puisqu’il va jusqu’Ă  occulter d’autres tournois majeurs. Nous disons de la terre de Roland que Nadal est « chez lui ».
A l’opposĂ©, Roger Federer, joueur exceptionnel aussi, mais joueur de surface rapide et non de terre battue. Roger Federer essuie presque chaque annĂ©e une intense dĂ©ception, celle de perdre en finale de Roland Garros, lĂ  oĂč d’Ă©vidence il y a plus fort que lui sur le circuit.

Alors, n’oublions pas, nous pouvons tous rĂ©ussir dans la catĂ©gorie qui est la nĂŽtre.
Mais pour cela, il ne faut pas oublier de nous concentrer sur celle-ci.

L’objectif poursuivi est de pouvoir se dĂ©couvrir, s’accueillir afin de s’affirmer dans sa diffĂ©rence.
Et, par-là, de pouvoir aussi découvrir et accueillir les autres dans leurs propres différences.

Car
 C’est notre diffĂ©rence qui constitue notre richesse ! 

Un équilibre entre une « suractivation » et une « surprotection ».

Si une suractivation nourrit, elle risque d’agresser la personne dĂšs que celle-ci deviendra trop intense.
De son cĂŽtĂ©, une surprotection peut conduire Ă  l’enfermement du sujet Ă  l’intĂ©rieur d’une carapace dĂ©fensive.

Ainsi, il s’agit identifier, en fonction des affinitĂ©s de chacun, des activitĂ©s suffisamment nourrissantes et des abris ressources suffisamment protecteurs.

Une (re)naissance : une connexion avec soi-mĂȘme.

C’est le profond respect et l’intime considĂ©ration envers soi-mĂȘme qui permettra d’acquĂ©rir une suffisante confiance en soi et en l’autre.
Cette confiance pourra prendre progressivement la place de la peur du rejet ou de l’humiliation.
Et permettra de lever la carapace, ou la forteresse protectrice, que la personne avait dressĂ©e entre elle-mĂȘme et son monde.

L’acquisition d’une individualisation c’est finalement conquĂ©rir une harmonie avec soi-mĂȘme.
Il s’agit d’apprivoiser le sentiment de vide infini, c’est-Ă -dire de le rendre moins dangereux, de le rendre familier.
L’apprivoisement passe par un accueil du vide. LĂ  oĂč, prĂ©cĂ©demment, la personne cherchait vainement Ă  lutter contre, dans un combat perdu d’avance.

La conscience douloureuse d’ĂȘtre « seul au monde » pourra alors cĂ©der la place à un certain plaisir d’ĂȘtre seul.
Ainsi qu’au plaisir d’ĂȘtre avec l’autre, au travers d’une envie d’Ă©changes partagĂ©s et authentiques.

 

En conclusion, naissance d’un Ă©tat symbiotique grĂące Ă  la dĂ©couverte et l’accueil des diffĂ©rences de chacun.

La fusion ou le parasitisme.

La sociĂ©tĂ© actuelle a donc tendance Ă  fonctionner sous le modĂšle du « moule », du « mĂȘme » et de « la fusion ».

Autrement dit, une (ou des) personne(s) (que nous nommons « BLEUE »), demande à une autre personne (« ROSE ») de répondre à ses besoins et attentes.
Ici, ROSE doit correspondre Ă  ce que BLEUE attend d’elle et lui demande.
Ainsi, ROSE = BLEUE.
Il s’agit du modĂšle 1 + 1 = 1 (Ă  deux on ne fait qu’un). C’est celui de la fusion ou du parasitisme.
Ici, ce que veut et ce qu’est ROSE n’est pas reconnu. ROSE ne peut pas s’exprimer et, en consĂ©quence, exister.

Le parasitisme est dĂ©fini comme une relation dans laquelle un organisme obtient des bĂ©nĂ©fices au dĂ©triment de l’autre.

Dans la fusion, nous nous laissons pas la possibilitĂ© de nous laisser surprendre par l’autre.
Toutes les rĂ©ponses aux questions que nous posons sont dĂ©jĂ  prĂ©dĂ©finies avant d’avoir pu les entendre. Nous attendons que l’autre rĂ©ponde Ă  nos attentes.
Aussi, les choses sont interprĂ©tĂ©es selon nos propres filtres, sans ouverture Ă  la personne qui se trouve en face de nous. Nous supposons donc qu’elle pense comme nous.

Aussi, la relation fusionnelle peut ĂȘtre inversible. C’est-Ă -dire qu’elle fonctionne potentiellement dans les deux sens.
Lorsqu’elle est inversible, la fusion prend la forme d’une relation de complaisance.
La complaisance est dĂ©finie comme une « disposition Ă  s’accommoder aux goĂ»ts, aux sentiments d’autrui pour lui plaire » (Larousse).

Ainsi, la complaisance semble traduire la prĂ©sence d’une fusion qui prolonge celle du dĂ©but de la vie, et donc une fusion qui ne parvient pas Ă  se rĂ©soudre.
Certes, le fƓtus et le nourrisson sont de vĂ©ritables petits parasites. Mais aprĂšs les premiers mois, l’adulte retrouve progressivement sa vie, pendant que l’enfant construit la sienne.

L’Ă©quilibre ou la symbiose.

Si ROSE identifie ses propres besoins, envies, ressentis, pensĂ©es, opinions
 etc. (= ses propres « contours »), grĂące Ă  une individualisation suffisamment rĂ©ussie, et que ceux-ci sont respectĂ©s.
Et si BLEUE est identifiĂ©e elle aussi avec ses propres besoins, envies, ressentis, pensĂ©es, opinions DIFFÉRENTS de ceux de ROSE.
Il pourra alors se produire une rencontre, oĂč chacun pourra se nourrir de l’autre en prenant un peu de sa diffĂ©rence.
Il s’agit du modĂšle 1 + 1 = 3 (Rose, Bleue et Rose+Bleue). C’est celui du partenariat, du territoire commun, de l’Ă©quilibre ou encore de la symbiose.
Ici, ROSE et BLEUE sont toutes deux reconnues dans leurs diffĂ©rences. Chacune peut donc s’exprimer et exister.

La symbiose est définie comme une « association étroite de deux ou plusieurs organismes différents, mutuellement bénéfique, voire indispensable à leur survie » (Larousse).
La symbiose est fréquente entre des micro-organismes et des plantes ou des animaux.
C’est l’exemple du poisson clown et de l’anĂ©mone de mer. Le poisson clown profite de l’anĂ©mone qui lui offre un abris, et l’anĂ©mone profite du poisson clown qui la libĂšre de ses parasites.

Ainsi, il s’agit de s’intĂ©resser Ă  l’autre que nous ne connaissons pas, et que nous ne devons pas supposer connaĂźtre, avec une intense curiositĂ© et soif de dĂ©couverte.
C’est cet authentique intĂ©rĂȘt pour l’autre qui permet de l’accueillir, lĂ  oĂč la fusion conduit habituellement au rejet.

Haut potentiel ĂȘtre diffĂ©rent
Le territoire commun : rencontre et accueil des différences.