Le déni de la souffrance psychique.

Le déni : un mécanisme de défense inconscient.

Le déni est une réponse aux conflits et au stress « en refusant de reconnaître certains aspects douloureux de la réalité externe ou de l’expérience subjective qui seraient évidents pour les autres » (DSM-IV).
Cette définition recouvre la réalité psychique (réalité interne) et la réalité externe.
Ainsi, le déni est l’exclusion active, plus ou moins inconsciente et involontaire, de certaines informations hors de l’attention consciente.

déni de la souffrance
L’occultation de la souffrance.
Photo by Eberhard Grossgasteiger.

L’idĂ©e (erronĂ©e) qu’il s’agit d’une question de volontĂ© pour vaincre la souffrance psychique est très prĂ©sente.
On renvoie parfois aux personnes que c’est « dans leur tête », comme si leur souffrance n’était pas réelle.
Le problème est que les blessures psychiques ne sont pas visibles, contrairement aux blessures corporelles. Mais ce n’est pas parce qu’une blessure psychique ne se voit pas, qu’il faut la considĂ©rer comme Ă©tant imaginaire.

La société nous demande sans cesse de positiver et d’ « avancer ». Autrement dit, elle demande aux personnes de « fermer les yeux » sur ce qui leur fait mal.
Cela favorise ce que j’appelle « la mise au placard » de la souffrance.
Certains patients expriment « avoir enfoui » ce qui les fait souffrir. Ils disent avoir mis « dans une boîte », « dans une autre pièce » ou encore « sous le tapis » cette souffrance.

Ce dĂ©ni de la souffrance varie dans sa force : de l’oubli transitoire (occultation) Ă  l’oubli dĂ©finitif (dĂ©ni vĂ©ritable).

 

Le risque, en voulant avancer trop vite, c’est de se mettre à « tourner en rond ».

En effet, les patients expriment rĂ©gulièrement l’impression d’ĂŞtre prisonniers, d’ĂŞtre attachĂ©s Ă  des chaĂ®nes dont ils ne parviennent pas Ă  se libĂ©rer.

Ce que j’observe, c’est qu’une souffrance légitime mais refusée, « rangée au placard », a tendance à revenir, tel un retour de boomerang qu’on aurait voulu envoyer au loin, sous forme « déguisée ».

Le déguisement de la souffrance peut prendre la forme de symptômes psychiatriques, et donc de ce que l’on appelle « la maladie mentale ».
Ce dĂ©guisement peut aussi prendre la forme de symptĂ´mes physiques, voire d’une maladie organique. Il s’agit du cas oĂą la souffrance psychique s’exprime par le corps.
Les symptĂ´mes peuvent ĂŞtre l’indice d’une blessure chez la personne elle-mĂŞme ou chez un de ses proches. La problĂ©matique transgĂ©nĂ©rationnelle concerne les cas oĂą un symptĂ´me chez une personne traduit une souffrance – actuelle ou passĂ©e – chez un de ses ascendants.

Ainsi, plus nous résistons contre la souffrance, plus celle-ci risque de s’imposer avec force.
Tandis que lorsque nous acceptons de la reconnaître, celle-ci finit par s’apaiser, et ainsi nous libérer.